Au Mali, lourdes peines de prison pour un chroniqueur et une influenceuse critiques de la junte

Le célèbre chroniqueur malien Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et l’influenceuse Rokia Doumbia, voix critiques de la junte en détention depuis plusieurs années, ont été condamnés lundi chacun à 10 ans de prison dont trois avec sursis par un tribunal de Bamako.

Animateur de radio et de télévision, Ras Bath est aussi une figure célèbre de la société civile malienne. Il était jugé avec Rokia Doumbia, dite « Rose, la vie chère », influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux et militante contre la cherté de la vie.

Ils ont été condamnés pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’Etat » à la suite d’une émission de Ras Bath en 2023 consacrée à la hausse des prix et aux difficultés économiques des Maliens.

Détenu depuis mars 2023 au Mali – pays dirigé par une junte depuis deux coups d’État successifs en 2020 et 2021 – la maigreur de Ras Bath, ses traits tirés, son visage fermé ont choqué de nombreux Maliens lors de son apparition lors de son procès ouvert le 10 août devant la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako.

Ras Bath est le fils de l’ancien ministre Mohamed Aly Bathily et le porte-parole du Collectif pour la défense de la République (CDR).

Lors du procès, le tribunal a souhaité démontrer que le chroniqueur, qui avait invité « Rose, la vie chère » à deux reprises à des émissions précédentes, était « en association » avec elle. Le tribunal a produit des échanges entre les accusés sur WhatsApp.

Les avocats de Ras Bath ont nié ces accusations.

Réagissant à la condamnation, Me Mohamed Aly Bathily, père de Ras Bath et également son avocat, a indiqué à l’AFP ne pas avoir encore décidé s’il interjetterait appel ou non.

 

– « Le tenir loin » –

Lors du procès, le procureur a déclaré que « Ras Bath est un danger pour la transition », ont rapporté sous couvert d’anonymat deux avocats à l’AFP. « Il faut le tenir loin des réseaux sociaux, de la radio », a poursuivi le procureur.

Très suivi par la jeunesse, Ras Bath s’était notamment fait connaître via ses émissions « Cartes sur table » et « Le Grand dossier », donnant une voix aux marginalisés de la société et dénonçant les problèmes sociaux et politiques affectant les Maliens.

Son discours direct, résumé par la formule « Choquer pour éduquer », lui a valorisé dans le passé une forte audience, mais aussi plusieurs démêlés judiciaires.

Arrêté une première fois au Mali en août 2016 pour « incitation à la désobéissance des troupes », Ras Bath est relâché deux jours plus tard sous la pression de ses partisans.

En juillet 2017, alors qu’il se trouve à l’étranger, il est condamné en son absence à douze mois de prison ferme sans purger de peine.

Il avait également participé en 2020 au mouvement de contestation du M5-RFP contre le président Ibrahim Boubacar Keïta.

En décembre 2020, il est de nouvel arrêté dans une affaire de présomption de complot contre le gouvernement de transition. La procédure est annulée de preuves et il retrouve la liberté en avril 2021.

Avant son inculpation pour le dossier dans lequel il a été condamné lundi, Ras Bath se trouvait déjà en prison depuis mars 2023 pour avoir affirmé que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été « assassiné ».

Depuis leur arrivée au pouvoir, les militaires ont imposé des restrictions sévères aux libertés au Mali, en particulier au silence l’opposition et les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause judiciaires et la dissolution des partis politiques.

La junte, dirigée par le général Assimi Goïta, a manqué à sa promesse de rétablir le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024.

Le Mali occupe la 121ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF établi en 2026.

Ce pays sahélien est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et désistes indépendants.

AFP

5 1 vote
Évaluation de l'article
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

Partager sur:

Articles récents

onu
260914-img-une-nouvelle-video-seme-le-trouble-sur-le-comportement-de-policiers-carcassonne
{"ar":"??? ????? ??? ?? ????? ?????? ????? ?????? ???? ?? ??????. ?? ????? ????? ???????? ??? ???? ?? 12 ????? ??? ?? ??????.","hi":"????? ??? ???? 22 ?????? ?? ????? ?? ????, ??????? ??? ????????? ?? ??? ???.","ru":"????? ????? ?? ?????? ???????? ? ???????? ???????.","sw":"Msafara uliojaa familia zilizofurushwa ukikimbia El Fasher, Kaskazini mwa Darfur, kutafuta usalama. Kote Sudan, zaidi ya watu milioni 12 wamefurushwa kutoka makazi yao.","en":"A caravan full of displaced families fleeing North Darfur's El Fasher in search of safety. Across Sudan, more than 12 million people have been driven from their homes.","fr":"Une caravane de familles déplacées fuyant El Fasher, dans le nord du Darfour, en quête de sécurité.","ur":"????? ??? ??? ???? ??? ???? ?? ????? ??? ???? ??? ??? ?????? ?? ????? ????","es":"Una caravana llena de familias desplazadas que huyen de El Fasher, en Darfur del Norte, en busca de seguridad. En todo Sudán, más de 12 millones de personas se han visto obligadas a abandonar sus hogares
aoy3
ppp3-11
FRANCE-SAUDI-POLITICS-DIPLOMACY
1-4064x3048-1-0-{}-0-24#
32HP786-highres
Découvrir

Dans la même rubrique

260914-img-une-nouvelle-video-seme-le-trouble-sur-le-comportement-de-policiers-carcassonne
Un Sdf jeté à terre par un policier à Carcassonne, enquête pour "violences volontaires"
En savoir +
aoy3
‎JOJ Dakar 2026 : quand les murs de la capitale racontent la mémoire et la culture sénégalaises
En savoir +
SAFRICA-POLITICS-MIGRATION-UNREST
Afrique du Sud : le racket en plein essor, les étrangers en première ligne
En savoir +
IRAQ-IRAN-US-ISRAEL-SAUDI-WAR
Yémen : quelque 86.000 personnes déplacées en raison des combats
En savoir +
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x