À moins de 50 jours du coup d’envoi des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, prévu le 31 octobre prochain, la capitale sénégalaise se pare de couleurs. Le long de certains axes, des fresques murales mêlant disciplines sportives, expressions artistiques, symboles culturels et valeurs olympiques transforment les murs en véritables tableaux à ciel ouvert.
Sous un ciel plombé, gris de nuages, Dakar s’éveille en ce début de septembre sous une pluie fine. De petites gouttes s’écrasent sur la Corniche Ouest, tandis que les voitures poursuivent leur course sur le bitume humide en direction de la place de la Nation, ex-Obélisque.
Sur cet axe emprunté par le Bus Rapid Transit (BRT), la grisaille semble pourtant avoir été oubliée. Le long des murs, les fresques consacrées aux JOJ déroulent leurs couleurs sur plusieurs mètres.
De loin, sport et art se confondent parfois. Il faut s’approcher, suivre les lignes et observer les formes pour saisir certains messages.
À proximité de l’arrêt BRT de la place de la Nation, un groupe de jeunes s’arrête un instant devant une calligraphie rouge bordée de noir. ”Sport” ou ”Art” ? La question se pose avant que le regard ne découvre finalement les deux mots imbriqués dans une même composition.
Sur le mur de l’ancienne Inspection d’Académie de Dakar, plusieurs disciplines sportives sont représentées avec précision : cyclisme, taekwondo, patinage, gymnastique, surf, lutte sénégalaise, judo ou encore natation.
Les silhouettes d’athlètes se mêlent aux mots et aux couleurs. Le slogan des Jeux apparaît en français puis en wolof, tandis que le mot ”respect” rappelle les valeurs de fair-play, de tolérance et de cohésion associées à l’olympisme.
Entre sport, culture et mémoire sénégalaise
Les murs ne parlent toutefois pas uniquement de sport. Ils racontent aussi le Sénégal à travers ses symboles, ses traditions et son patrimoine.
Le Lion, animal-emblème du Sénégal, apparaît en gros plan, la tête légèrement tournée vers le haut, le regard profond. Il est paré de couleurs vives et de motifs inspirés de l’esthétique africaine. Son visage est orné de spirales et de lignes graphiques, tandis que sa tête est coiffée de coquillages et prolongée par une imposante crinière noire.
Autour de son cou, un collier de perles rouges, blanches et jaunes renforce son allure traditionnelle. Entre art urbain et expression culturelle, cette figure semble incarner la force, la fierté et l’énergie de la jeunesse africaine.
Plus loin, les représentations des Signares lébous renvoient à une autre facette de l’histoire et de la culture sénégalaises.
La pluie cesse peu à peu. Le klaxon du BRT, le vrombissement des moteurs des véhicules et le mouvement incessant des passants rappellent l’ambiance et le rythme habituels de Dakar.
À proximité de l’arrêt Dial Diop, la végétation apporte une touche inattendue au décor. Fleurs et plantes prolongent les couleurs des fresques tandis que quelques oiseaux se déplacent tranquillement sur les trottoirs ou dans le ciel encore couvert.
Le contraste entre le béton, les fresques colorées, la verdure et les fleurs donne au lieu une atmosphère presque paisible, loin du tumulte habituel de la capitale sénégalaise.
De l’autre côté de la rue, en direction de la place de la Nation, les fresques changent de décor mais conservent le même fil conducteur.
Un hurdler vêtu de jaune et de vert, portant le numéro six, semble surgir du mur en pleine course. Sa posture rappelle celle de l’icône jamaïcaine du sprint, Usain Bolt. À quelques mètres, les courses hippiques, les sourires et les visages féminins se succèdent.
Face au Centre culturel régional Blaise Senghor, les représentations se multiplient : natation, course, volley-ball et autres disciplines sportives se répondent d’un dessin à l’autre.
Un grand lion aux couleurs du drapeau national trône parmi le sceau et le baobab, eux aussi habillés de couleurs éclatantes.
Le Sénégal, pays hôte des JOJ, est omniprésent. Une joueuse, ballon de volley à la main, semble engagée dans son effort. Une autre fresque met en avant la culture sérère à travers un visage souriant exprimant joie et fierté.
Le tam-tam, le sabar et les pêcheurs en pirogue au milieu de la mer complètent ce tableau où tradition et modernité se côtoient. Même Sadio Mané, figure majeure du football sénégalais, trouve sa place sur ces murs, au milieu de slogans en wolof, une des langues du pays.
Ici, sport et culture ne semblent plus séparés. Ils racontent une même histoire : celle d’un pays qui entend se présenter au monde à travers sa jeunesse, ses symboles et ses pratiques culturelles.
Des murs qui interpellent
Au pied des fresques, cependant, la vie quotidienne continue. L’eau de pluie stagne par endroits sur les bordures de la route tandis que les voitures défilent.
Certains passants jettent à peine un regard aux peintures. D’autres ralentissent, observent quelques secondes ou s’arrêtent pour mieux regarder.
Boubacar Diallo, jeune vendeur de Garcinia kola, communément appelé ”petit cola”, dit ne pas vraiment connaître l’histoire de ces fresques. Originaire de Koundara, en Guinée, il poursuit son activité au milieu de cet univers coloré.
Harouna Diallo, lui, avance d’un pas pressé, un sachet noir à la main. Son regard s’arrête néanmoins sur les dessins. ”Ce sont des représentations de l’image que j’aime beaucoup. Ça donne envie de voir”, dit-il en pulaar.
Ce jeune originaire de Sinthiou Bamambé, dans la région de Matam au nord du Sénégal, apprécie particulièrement le mélange entre art et culture.
”Ça fait tellement beau de voir ça. Les dessins en disent long sur nos cultures et c’est vraiment magnifique. Moi, j’aime les regarder à chaque fois que je passe par ici”, souligne-t-il.
À quelques pas, Fatou Sonko porte elle aussi un regard enthousiaste sur ces œuvres. Enseignante à l’école élémentaire Mamadou et Binta, elle insiste surtout sur leur dimension éducative.
” Je trouve que c’est une très belle initiative. Cela permet de rendre accueillante la ville de Dakar. Cela attire le regard de toute personne qui passe ici. Sur le plan visuel, en tant qu’institutrice, je sais que cela apporte beaucoup aux enfants”, estime-t-elle.
Selon elle, les fresques peuvent constituer de véritables supports d’apprentissage. Les symboles représentés sur les murs permettent aux enfants de découvrir ou de redécouvrir une partie de leur patrimoine.
Un héritage à préserver
”Ce sont des activités qui sont remplies d’enseignements, des leçons que les enfants peuvent tirer. Et surtout, avec l’emblème national, cela met en relief notre pays, en quelque sorte notre identité”, explique-t-elle. ”Le touriste qui met le pied ici, automatiquement, il sait qu’il se retrouve dans un pays de culture”, ajoute-t-elle.
Pour cette enseignante, ces fresques véhiculent également un message en faveur de la pratique sportive chez les jeunes. ”En regardant les fresques, cela montre que c’est un pays qui développe le sport, qui incite sa jeunesse à vraiment faire du sport”, dit-elle.
”Parce qu’ici au Sénégal, les gens aiment le sport, aiment le football, aiment la lutte, le basket, ainsi de suite. Le peuple sénégalais accompagne en général les athlètes, les joueurs, ils savent supporter”, poursuit-elle.
Mais au-delà de l’enthousiasme, Fatou Sonko pose la question de l’après-JOJ. Elle appelle à l’entretien et à la conservation de ces œuvres.
”Le message que j’aimerais lancer, c’est d’abord de veiller à la maintenance. Ici au Sénégal, on n’a pas l’habitude de la maintenance. Une fois que c’est passé, on laisse ça comme ça. On aimerait que, tous les cinq ans, on reprenne la peinture”, plaide-t-elle.
Elle souhaite également que cette initiative contribue à révéler de jeunes artistes sénégalais. ”Il y a des talents. Parce que ça, c’est de l’art. Donc, aller chercher dans les lycées ou, par exemple, à l’université, les jeunes. Parce que ce sont aussi des activités créatives, des métiers. Ça peut permettre d’orienter aussi la jeunesse vers ça”, suggère-t-elle.
Sur les murs, les JOJ prennent ainsi la forme de couleurs, de corps en mouvement, de symboles, de visages et de paysages. Le lion côtoie le nageur, le baobab répond au coureur, le sabar rencontre le volley-ball et les pirogues font face aux athlètes.
À quelques semaines du rendez-vous olympique, ces fresques donnent à voir une autre image de Dakar : une capitale sportive, culturelle et créative, où l’art urbain devient un moyen de raconter le pays.
Reste désormais à savoir si ces œuvres continueront à raconter cette histoire une fois les JOJ passés. Car au-delà de la compétition, leur véritable héritage pourrait aussi se mesurer à la capacité de Dakar à conserver ces fragments colorés de sa mémoire, de sa culture et de sa jeunesse.
APS


