La proposition de Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle, d’annuler une partie de la dette française, serait une mesure « illégale, dangereuse et inutile », a estimé vendredi le gouverneur de la Banque de France.
« Elle est illégale parce qu’elle est contraire aux traités », « dangereuse parce qu’elle crée de l’inflation » et « inutile » car elle « ne réduit pas le déficit budgétaire », a déclaré Emmanuel Moulin sur RTL.
Une telle mesure, qui n’a « reçu aucun écho en Europe », conduirait, selon lui, à sortir la France de la zone euro.
« La zone euro, c’est une copropriété. Donc si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire, les amis, vous allez sortir », at-il imagé.
Une annulation de la dette serait « dangereuse parce qu’elle crée(rait) évidemment de l’inflation (…) et ça va augmenter les (taux) d’intérêt », a poursuivi M. Moulin.
« On va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés (…) et ça va être préjudiciable pour les Français », at-il expliqué.
Jeudi soir, le taux d’emprunt à dix ans de la France sur le marché obligatoire a atteint près de 4,44%, au plus haut depuis 2008, et son équivalent allemand presque 3,50%, un sommet depuis 2011. L’écart entre les deux, appelé « spread », s’est donc élevé à environ 0,94 point de pourcentage, du jamais vu depuis 2012.
Vendredi, ces rendements obligatoires se maintenaient à ces niveaux très élevés en France (4,43%) et en Allemagne (3,5%).
Enfin, la mesure est, selon Emmanuel Moulin, « inutile » car « ça ne libère pas des marges de manœuvre, ça ne réduit pas le déficit budgétaire. »
« Vous réduisez de 500 milliards la dette de l’État mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards. Est-ce que franchement à beaucoup avancé ? », at-il questionné.
« Le banquier central français ment en diffusant de fausses informations », a réagi sur X le leader insoumis.
Sur le même réseau social, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard a développé les arguments du mouvement mélenchoniste : Rien d’illégal en vertu des traités européens, pas de garantie qu' »une congélation des titres de dette des États détenus par la BCE » entraîne une hausse des taux d’intérêt, « au contraire, réduire l’endettement des États, c’est améliorer leur situation » et enfin, selon lui, « les opérations de rachats de titre de dette par la BCE n’ont pas été créées d’inflation ».
« Ce qui risque d’en créer par contre, c’est notre manque d’investissement dans l’adaptation au changement climatique, comme on a pu le voir cet été avec l’impact des événements climatiques sur la production agricole, qui va se traduire par une forte inflation sur les produits alimentaires », a défendu le député de Marseille.
La présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a jugé jeudi qu’annuler la dette française détenue par l’institution monétaire, constituant une « violation pure du traité » sur l’Union européenne.
AFP


