Birmanie: la situation des droits humains au « plus bas », prévient l’Onu

La situation des droits humains en Birmanie, en particulier celle des minorités, a atteint un « nouveau plus bas », a averti mardi l’ONU, dénonçant la persistance des violations et l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles.

Ces accusations, contenues dans un nouveau rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, surviennent alors que la junte birmane, isolée pendant cinq ans, a lancé une offensive diplomatique cette année après des élections très strictement contrôlées début 2026 présentées comme un retour à la normale.

Ce rapport, couvrant la période de juin 2025 à fin mai 2026, « dresse un tableau déchirant de souffrances, de misère et de cruauté, à de multiples niveaux et à travers tout le pays », a commenté le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, cité dans un communiqué.

La Birmanie est en proie à la guerre civile depuis le coup d’Etat de l’armée, en 2021, qui a mis fin à une parenthèse démocratique de dix ans et renversé le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi.

« Cette crise s’est traduite par plus de 8.302 civils tués par l’armée » et plus de 2.462 d’entre eux ont été tués lors de frappes aériennes, a déclaré James Rodehaver, responsable du Haut-Commissariat pour la Birmanie, aux journalistes à Genève.

Selon le Haut-Commissariat, la situation des droits humains « a atteint un nouveau plus bas, allant des exactions toujours plus brutales contre les Rohingyas (une minorité musulmane NDLR) aux conséquences dévastatrices des activités économiques illicites, notamment l’extraction illégale de terres rares ».

Le rapport montre comment la violence incessante et l' »économie de guerre » se nourrissent mutuellement, plongeant les populations civiles dans une « misère indicible ».

« Les tactiques militaires visant à semer la peur et à exercer un contrôle, facilitées par l’utilisation des nouvelles technologies pour étendre la surveillance, imprègnent tous les aspects de la vie », souligne le rapport.

Il détaille les violations et les exactions « généralisées et systématiques » commises par l’armée birmane et par l’Armée d’Arakan, un groupe rebelle contrôlant l’Etat de Rakhine, à l’encontre des Rohingyas.

 

– Appel aux Etats, entreprises et investisseurs –

Dans cet Etat, l’Armée d’Arakan est notamment accusée de faire travailler des enfants, parfois âgés de six ans.

« Dans un cas, un enfant a été contraint de débarrasser les lieux des ossements et des crânes des victimes d’un massacre », indique le rapport.

D’anciens détenus rohingyas ont par ailleurs témoigné de tortures, décrivant des passages à tabac, des brûlures, des personnes suspendues la tête en bas jusqu’à perdre connaissance, l’application de piment sur les parties génitales et l’arrachage des ongles.

Selon le Haut-Commissariat, la multiplication des activités illicites, de l’exploitation minière illégale à la production de drogues, en passant par la traite des êtres humains et les centres d’arnaques en ligne, aggrave la crise des droits humains.

Volker Türk « appelle tous les États, les entreprises et les investisseurs à mener une profonde réflexion sur leurs actions ou leur inaction » face à cette situation et à s’interroger sur le caractère « juste et équitable » de leur attitude à l’égard de la population birmane.

Depuis les élections, la communauté internationale se divise sur la manière de traiter la Birmanie.

L’Onu n’a pas reconnu la junte militaire et les observateurs des droits de l’homme ont dénoncé le scrutin comme une mascarade destinée à redorer l’image du régime militaire tout en excluant la populaire ex-dirigeante Aung San Suu Kyi.

Mais l’Inde, la Chine, la Thaïlande et le Laos ont tous ouvertement apporté leur soutien à Min Aung Hlaing, l’accueillant lors de visites très médiatisées depuis qu’il est devenu président en avril.

AFP

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