Des combats opposés samedi aux forces fédérales éthiopiennes aux rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) dans le nord du pays, une escalade qui fait craindre une nouvelle guerre, a affirmé à l’AFP un membre des autorités rebelles.
« Le gouvernement fédéral a lancé une attaque ce matin contre les forces tigréennes à Shererina », près de la frontière avec le Soudan, a affirmé à l’AFP le numéro 2 du TPLF, Amanuel Assefa, affirmant que les combats, qui ont commencé vers 06H00 (03H00 GMT) sont « toujours en cours ».
Depuis plusieurs mois, des forces fédérales et tigréennes sont massées à la frontière du Tigré, région septentrionale de l’Ethiopie, alors que les deux parties, qui entretiennent des relations exécrables, s’accusent mutuellement de vouloir déclencher un nouveau conflit.
Les combats, qui impliquent de « l’artillerie lourde », selon M. Amanuel, se déroulent au Tigré occidental, zone contestée et gérée par des nationalistes de l’Etat régional voisin de l’Amhara.
Interrogé, le porte-parole des ENDF n’a pas donné suite aux sollicitations de l’AFP.
Dans un communiqué diffusé samedi, le TPLF, qui a été rayonné de la liste des partis politiques mais reste très influent dans la région, a affirmé que les autorités fédérales ont « intensifié ses actions destructrices pour les porter à un niveau supérieur » avant de dénoncer une « vaste offensive d’infanterie ».
Les relations sont également tendues entre l’Ethiopie et le Soudan, Addis Abeba accusant son voisin de financeur des « mercenaires » du TPLF. Khartoum avait fait de son côté état de frappes de drone « en provenance du territoire éthiopien ».
– « Escalade militaire manifeste » –
Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région au Oslo New University College, il s’agit d’une « escalade militaire manifeste » et la confrontation « la plus grave survenue dans le nord de l’Ethiopie depuis un certain temps », avant de poursuivre: « à ce stade, cette attaque pourrait marquer soit le début d’une campagne militaire de plus grande envergure, soit une démonstration de force coercitive visant à dissuader le camp tigréen de poursuivre l’escalade ».
Le Tigré, région d’environ 6 millions d’habitants, est sorti d’une guerre qui a opposé le TPLF aux forces fédérales, appuyées par des milices locales et l’armée érythréenne, et a fait au moins 600.000 morts, selon une estimation de l’Union africaine, entre 2020 et 2022.
Ce conflit, qui s’est déployé largement à huis clos, est l’un des plus meurtriers de ces dernières décennies dans le monde.
Un accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022 avait réussi à faire taire les armes, mais des points clés, comme le retour des personnes déplacées – qui sont encore plusieurs centaines de milliers – ou le désarmement du TPLF, n’ont jamais été respectés.
Les relations entre les autorités d’Addis Abeba et le TPLF sont depuis plusieurs mois acrimonieuses.
Les autorités fédérales accusent le TPLF de s’être rapproché de l’Erythrée voisine, qui entretient aujourd’hui des relations exécrables avec Addis Abeba.
Après avoir nié tout lien avec Asmara, Amanuel Assefa, a déclaré à l’AFP avoir noué des liens avec « tous ceux qui combattent le gouvernement fédéral », sans donner plus de détails.
Selon des témoignages obtenus par l’ONG Human Rights Watch et par l’AFP, les autorités rebelles tigréennes ont recours depuis plusieurs mois à des enrôlements de force.
Le TPLF a dirigé l’Ethiopie pendant près de 30 ans, avant d’être contesté puis marginalisé à l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018, réélu en juin pour un nouveau mandat.
Fin 2025, de premiers affrontements directs opposés aux forces tigréennes aux autorités fédérales, qui ont également procédé à plusieurs tirs de drone dans la région.
Les autorités fédérales ont également procédé à plusieurs frappes de drone dans la région.
Fin avril, le TPLF a rétabli un Parlement local jugé illégitime par Addis Abeba, remettant directement en cause l’autorité du gouvernement fédéral.
Le Tigré est aujourd’hui exsangue financièrement, les autorités ayant coupé les subventions fédérales.
En février, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme avait appelé à la désescalade au Tigré « avant qu’il ne soit trop tard ».