Pour la première fois en cinq ans, le taux de chômage repasse au-dessus de la barre des 8% en France, en hausse de 0,2 point sur le premier trimestre 2026 et de 0,7 point sur un an, a rapporté mercredi l’Insee, sur fond de ralentissement de la conjoncture.
L’objectif d’Emmanuel Macron de ramener le taux de chômage à 5% à la fin de son second mandat en 2027 paraît plus que jamais inatteignable.
Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a relativisé ce mauvais chiffre en remarquant sur Franceinfo que lors du « précédent ralentissement de l’économie française, après 2012, le taux de chômage était supérieur à 10% ».
« Depuis 2010, sur 15 ans, le chiffre va peut-être vous surprendre, l’économie française a créé près de quatre millions d’emplois en net, les créations moins les suppressions », a-t-il ajouté.
Le ministre des Comptes publics David Amiel a relevé sur France 2 que « le taux d’emploi est au plus haut depuis 50 ans ». Ce taux a augmenté au dernier trimestre de 0,1 point à 69,5% chez les 15-64 ans. Sur un an, ce taux diminue de 0,5 point chez les 15-24 ans mais augmente de 0,6 point chez les 55-64 ans.
Cette « hausse du chômage est liée à une hausse de la population active », explique à l’AFP Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, ajoutant que « l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux entrants de la population active ».
Pour cet économiste, le vrai constat « problématique » serait « une hausse du chômage avec une baisse de la population active ».
– Davantage de NEETs –
Nathalie Chusseau, professeure d’économie à l’Université de Lille, observe que « sur un an, l’essentiel de la hausse provient de la hausse du chômage des jeunes: plus 2% pour les 15-24 ans (à 21,1%) ». « Ce qui est corroboré par les difficultés grandissantes pour les jeunes, y compris qualifiés, de s’insérer sur le marché du travail, avec une augmentation de la durée d’obtention du premier emploi », dit-elle.
Elle pointe notamment une hausse du nombre de jeunes de 15 à 29 ans ni en emploi, ni en études ou formation (les NEETs) de 0,4 point sur l’année et de plus 0,9 point depuis 2019, à 13,1%.
Par rapport au 4ème trimestre 2025, le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans se replie certes de 0,4 point, mais cette baisse n’est pas statistiquement significative selon Vladimir Passeron, chef du département de l’emploi de l’Insee, qui préfère retenir la hausse de 2 points sur un an.
Le chômage des 25-49 ans s’est lui dégradé de 0,4 point sur le trimestre et de 0,6 point sur un an, à 7,3%, tandis qu’il reste quasi stable chez les seniors à 5,1% (+0,1 point sur le trimestre).
L’Insee précise que depuis la mise en oeuvre de la loi pour le plein emploi en janvier 2025, « les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage », ces publics étant désormais automatiquement inscrits sur les listes de demandeurs d’emploi de France Travail.
Cela n’entraîne pas automatiquement leur classement comme chômeurs au sens du BIT, mais une fois inscrits à France Travail, ils peuvent plus facilement répondre « à une offre d’emploi » et donc « passer au moins temporairement de l’inactivité au chômage au sens du BIT », relève Vladimir Passeron.
Aux 2,6 millions de chômeurs au sens du BIT s’ajoutent 1,8 million de personnes qui souhaitent un emploi sans être considérées comme chômeurs parce qu’elles ne recherchent pas d’emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles sur le marché du travail.
Leur « nombre diminue nettement sur le trimestre » (de 62.000 personnes), indique l’Institut. Cette « baisse du halo concerne surtout les jeunes et les seniors » et n’explique donc pas la hausse du chômage, selon Vladimir Passeron.
AFP