L’ONU a fait part mardi de sa profonde inquiétude sur la détérioration de la situation des droits de l’homme au Mali et des informations y faisant état d’exécutions extrajudiciaires par les forces gouvernementales, demandant par ailleurs la levée du « blocus » des jihadistes sur Bamako.
Le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, a été tué à Kati, fief de la junte proche de la capitale, Bamako, lors de ces attaques qui ont visé plusieurs grandes villes.
« Nous sommes profondément préoccupés par la détérioration de la situation des droits de l’homme dans tout le Mali », a déclaré aux journalistes à Genève un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Seif Magango, s’exprimant depuis Nairobi.
Ces attaques « ont fait de nombreuses victimes parmi les civils et forcé beaucoup d’autres à fuir leurs foyers », a-t-il indiqué, ajoutant que de nouveaux affrontements se sont déroulés « au cours du week-end, causant de nouvelles conséquences désastreuses pour les civils ».
M. Magango a par ailleurs indiqué que « des informations très préoccupantes font état d’exécutions et d’enlèvements extrajudiciaires qui auraient été perpétrés par des membres des forces de sécurité à la suite des attaques des 25 et 26 avril ».
« Le 2 mai, l’avocat et homme politique Mountaga Tall a été enlevé à son domicile par deux hommes cagoulés et emmené dans un lieu inconnu. Son épouse a été agressée alors qu’elle tentait de filmer l’enlèvement avec son téléphone portable, qui lui a été confisqué », a indiqué le Haut-Commissariat dans un communiqué.
M. Tall a été membre du mouvement M5, acteur majeur de la contestation ayant contribué à la chute du régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. D’abord allié aux militaires alors arrivés au pouvoir, il a ensuite pris ses distances avec eux.
– Blocus –
Par ailleurs, « trois proches de l’homme politique exilé Oumar Mariko auraient également été enlevés » le 1er mai et « on ignore toujours où ils se trouvent », a relevé le Haut-Commissariat.
Le 2 mai, Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole des rebelles, avait indiqué que « des fosses communes contenant plusieurs corps ont été découvertes aujourd’hui dans le camp d’Amchach, situé à Tessalit, dont le FLA a pris le contrôle la veille, à la suite du retrait de l’armée malienne et des mercenaires russes de l’Africa Corps ».
« Les premiers éléments recueillis laissent croire que ces civils étaient conduits vers cette base avant d’y être exécutés », avait-il déclaré sur Facebook. L’AFP n’a pas pu vérifier cette information de source indépendante.
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Turk, appelle à un cessez-le-feu immédiat et appelle toutes les parties à garantir la protection des civils et des infrastructures civiles.
Dans son communiqué, le Haut-Commissariat s’inquiète également des informations alarmantes concernant la raréfaction des vivres dans certains lieux. « Le 3 mai, le maire du village de Diafarabe, dans la région de Mopti, a appelé les autorités à agir sous 48 heures, faute de quoi la population allait commencer à mourir de faim, le village étant à court de vivres », a-t-il cité en exemple.
« Diafarabe et la capitale, Bamako, sont actuellement soumises à un blocus imposé par le JNIM. De tels blocus ont des conséquences inacceptables pour les civils et doivent être levés immédiatement », a-t-il demandé.
M. Turk appelle les autorités maliennes et tous les groupes armés non étatiques à autoriser et à faciliter un accès humanitaire sûr, durable et sans entrave à toutes les personnes qui en ont besoin, a ajouté M. Magango.
AFP
