La décision de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) de mettre en circulation l’eco en 2027, avec les Etats prêts à adopter cette monnaie unique, procède d’‘’un réalisme économique et politique’’, a expliqué l’économiste sénégalais Serigne Momar Seck à l’Aps.
La Cedeao a décidé, en juillet dernier, de mettre en circulation l’eco dans ses pays membres qui sont prêts à l’utiliser dès l’année prochaine. ‘’Les pays qui ne sont pas prêts bénéficieront d’une assistance, qui leur permettra de rejoindre ultérieurement la [zone eco]’’, a assuré l’économiste, citant les leaders de l’organisme sous régional.
‘’A mon avis, la décision de la Cedeao de lancer l’eco en 2027, uniquement avec les États qui sont prêts, procède surtout d’un réalisme économique et politique’’, a analysé M. Seck, économiste en chef à l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO), une institution spécialisée de la Cedeao basée à Freetown, en Sierra Leone.
‘’Après plusieurs reports de l’entrée en vigueur de l’eco, les dirigeants semblent avoir compris que le fait d’attendre que tous les pays remplissent simultanément les critères de convergence risquerait de [retarder] encore le projet pendant de nombreuses années’’, a-t-il expliqué.
Une intégration monétaire à plusieurs étapes
D’après le docteur en économie et spécialiste de la macroéconomie, le fait de mettre en circulation la monnaie unique dans les seuls pays prêts à l’utiliser est ‘’une reconnaissance implicite’’ de l’impossibilité de certains États de satisfaire aux critères de convergence, d’ici à 2027.
‘’La Cedeao prévoit maintenant un processus à plusieurs étapes de l’eco : le démarrage avec les pays qui sont prêts, une consolidation de l’union monétaire et l’intégration progressive des autres États qui auront satisfait aux conditions requises. Cette stratégie à géométrie variable vise à faire avancer l’intégration monétaire, tout en préservant la stabilité et la crédibilité de la future monnaie’’, a-t-il expliqué.
D’après Serigne Momar Seck, l’organisation régionale a remarqué que ses États membres progressaient économiquement à des rythmes différents. ‘’Certains pays maîtrisent relativement mieux que d’autres l’inflation, le déficit budgétaire, l’endettement public ou les réserves de change. Il existe des pays en difficulté dans ces domaines’’, a-t-il observé, ajoutant : ‘’Or, une union monétaire ne peut fonctionner durablement que si les économies qui la constituent présentent au moins quelques convergences macroéconomiques.’’
Encourager les autres États membres à accélérer leurs réformes
Des directeurs d’agences et d’instituts publics des pays membres de la Cedeao se sont réunis récemment à Dakar pour harmoniser leurs outils statistiques, en attendant l’entrée en vigueur de l’union monétaire.
En mettant en circulation l’eco dans des pays satisfaisant aux critères de convergence, ‘’la Cedeao cherche avant tout à garantir la crédibilité et la stabilité de la future monnaie, à éviter que des économies insuffisamment préparées ne fragilisent l’ensemble de l’union monétaire’’, a fait observer M. Seck.
De la même manière, l’organisation régionale veut démontrer la faisabilité de son union monétaire reportée plusieurs fois et créer une ‘’dynamique’’ susceptible d’encourager les autres États membres à accélérer leurs réformes pour rejoindre progressivement la zone eco, selon l’économiste en chef de l’Amao.
‘’Cette approche s’inspire de l’expérience de la zone euro. Tous les pays de l’Union européenne n’ont pas adopté la monnaie unique au même moment’’, a-t-il ajouté.
