Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a promulgué mardi une réforme constitutionnelle prolongeant son mandat de deux ans, jusqu’en 2030, et qui supprime l’élection présidentielle au suffrage direct.
Ces changements ont suscité de vives critiques de la part de l’opposition dans un pays où le parti Zanu-PF de M. Mnangagwa, 83 ans, détient la majorité au Parlement.
« Signé, scellé et promulgué – c’est désormais la loi », a déclaré sur X Nick Mangwana, haut responsable du ministère de l’Information, dans un message relayant cet acte juridique.
Cet ensemble de changements – qualifié de « coup d’Etat constitutionnel » dans l’opposition – prévoit une disposition qui prolongera les mandats présidentiel et parlementaire de cinq à sept ans.
Une autre mesure donne au Parlement le pouvoir de nommer le président, ce qui revient à supprimer l’élection présidentielle au suffrage direct qui avait été instaurée en 1987, sept ans après l’indépendance.
Ces changements majeurs ont été adoptés librement par les deux chambres du Parlement et finalisés par l’Assemblée nationale il ya une semaine.
Au moment d’approuver, en février, le projet de prolongation du mandat de M. Mnangagwa, le gouvernement avait déclaré que cela permettrait « de renforcer la stabilité politique et la continuité des politiques afin de permettre la mise en œuvre complète des programmes de développement ».
M. Mnangagwa – surnommé le « Crocodile » – est arrivé au pouvoir en 2017 à la suite d’un coup d’État après l’évincement par l’armée de Robert Mugabe, alors âgé de 93 ans, après 37 ans passés à la tête du pays.
Il a été élu pour deux mandats de cinq ans, en 2018 et 2023, ce qui correspond à la limite constitutionnelle pour un président.
– « Privatisation du pouvoir » –
L’opposition zimbabwéenne, affaiblie par des années de répression et des contrôles entachés d’irrégularités, affirme que ces mesures vont renforcer la mainmise du Zanu-PF sur le pouvoir dans ce pays riche en ressources, qu’il dirige depuis l’indépendance en 1980.
L’avocat de l’opposition Tendai Biti a déclaré sur X que la nouvelle loi permettait « la privatisation complète du pouvoir ».
« Elle éloigne le pouvoir et la légitimité de millions de Zimbabwéens au profit de ceux qui seront en mesure de contrôler le processus et les résultats de toute élection primaire organisée par un parti », a poursuivi M. Biti, ajoutant que les élections étaient de facto suspendues à une date inconnue.
L’avocat et figure de premier plan de l’opposition Doug Coltart a, lui, déclaré que M. Mnangagwa avait « manqué à son devoir de défendre et de respecter la nstitution ».
« Il y aura des recours », a‑t‑il indiqué à l’AFP, évoquant des actions en justice concernant l’absence de référendum sur le projet de loi, comme l’exige la Constitution.
« Il est également important que le peuple zimbabwéen se lève et exerce son droit légal de défendre sa Constitution », a-t-il ajouté.
Le militant pro-démocratie Lovemore Madhuku a déclaré à l’AFP que M. Mnangagwa « est (au pouvoir) en vertu d’une élection par le peuple, mais qu’il utilise (sa) fonction pour écarter le pouvoir même qui l’y a porté ».
Des opposants à ces changements ont déclaré à l’AFP avoir été torturés, intimidés et enlevés par des agents présomptifs de l’État.
Ils accusent la ZANU-PF – au pouvoir depuis l’indépendance en 1980 – de ne pas s’attaquer aux graves problèmes économiques ni de se défaire des accusations de corruption et de répression.
L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a déclaré en mars que les autorités zimbabwéennes avaient recours à la violence et à l’intimidation.
AFP