L’Ouganda a annoncé lundi avoir commencé le retrait de ses troupes déployées en Somalie, suscitant de sérieuses inquiétudes sécuritaires pour ce pays de la Corne de l’Afrique toujours plus instable, où les insurgés shebab continuent de contrôler de vastes pans de territoires.
Cette mission panafricaine avait pris le relais début 2025 des différentes forces de l’Union africaine (UA) qui se sont succédé depuis 2007 en Somalie, où les shebab, groupe armé lié aux jihadistes d’Al-Qaïda, menacent depuis des décennies le gouvernement.
« D’ici fin 2027, les UPDF (Uganda People’s Defence Force, armée ougandaise) retireront progressivement l’ensemble de leurs forces présentes en Somalie », y compris celles déployées dans le cadre de l’Aussom, a indiqué dans un communiqué le porte-parole de l’armée ougandaise Chris Magezi.
« Un premier contingent (…) est déjà arrivé en Ouganda. Le retrait des troupes déployées en Somalie en vertu d’accords bilatéraux sera achevé dans les prochains jours », a-t-il poursuivi.
Entre 2.000 et 2.500 soldats ougandais étaient également présents en Somalie au titre de cet accord bilatéral signé fin 2024 entre Kampala et Mogadiscio, avait indiqué la source militaire ougandaise plus tôt cette année.
L’annonce suscite de sérieuses inquiétudes sécuritaires, alors qu’une embuscade des shebab a vraisemblablement tué un grand nombre de soldats somaliens la semaine dernière.
Ceux-ci partaient prêter main-forte à des compagnons d’arme se battant dans l’Etat du Sud-Ouest contre des milices de l’ancien gouverneur de cette région, sur fond de rivalités politiques et claniques et de tensions croissantes entre le pouvoir fédéral et certains États fédérés. Le gouvernement fédéral, qui a affirmé avoir tué de nombreux insurgés à cette occasion, n’a jamais communiqué sur ses propres pertes.
– « Effondrement total » –
L’Ouganda assure la sécurité d’un secteur stratégique pour le gouvernement fédéral somalien, comprenant la capitale, Mogadiscio, et ses environs, notamment son port et son aéroport, explique l’analyste Matt Bryden. Et les troupes ougandaises, dont le départ pourrait être imité par d’autres forces membres de l’Aussom, ont souvent été louées pour leur engagement en Somalie.
« Une fois les troupes de l’Aussom parties, on peut s’attendre à un effondrement total du gouvernement fédéral et, potentiellement, à la chute de Mogadiscio aux mains des shebab », avertit M. Bryden. Car à elles seules, « les forces de sécurité somaliennes (…) ne sont pas en mesure de tenir un quelconque territoire, ni même de protéger la capitale », affirme-t-il.
L’Ouganda, qui a été en 2007 le premier pays à déployer des troupes en Somalie pour l’Union africaine, a expliqué que son retrait militaire permettrait « aux forces armées somaliennes d’assumer l’entière responsabilité de la sécurité dans le pays. »
Les Etats-Unis, qui mènent depuis des années des frappes aériennes épisodiques contre les shebab, ont également annoncé en 2026 la fin de leur aide au Bureau de soutien de l’Onu en Somalie (Unsos), qui fournit l’ensemble de la logistique de l’Aussom et devrait fermer ses portes le 31 décembre.
Le budget nécessaire à une nouvelle structure logistique, le sous-financement chronique de l’Aussom et la lassitude des bailleurs face aux faibles progrès politiques et militaires en Somalie font douter les observateurs des chances de survie de la mission de l’Ua au-delà de la fin de son actuel mandat, le 31 décembre 2026.
Omar Mahmood, analyste à l’International Crisis Group (ICG), ne souscrit pas pour autant à un « scénario à l’afghane » évoqué par de nombreux observateurs, en référence au retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021, à la faveur du retrait après 20 ans des forces américaines et de leurs alliés, qui avait entraîné l’effondrement rapide du gouvernement afghan.
Tout en reconnaissant qu’un retrait rapide « risque systématiquement d’entraîner une spirale incontrôlable », l’analyste souligne que « la Somalie continue de susciter un vif intérêt en matière de sécurité » et « d’importants progrès ont été réalisés au sein des forces somaliennes », qui « ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur ».
La Turquie a tout particulièrement investi en Somalie. La plus grosse base militaire turque hors de son territoire se trouve dans ce pays, où Ankara veut construire une base de lancement pour ses satellites.
AFP

