D’intenses combats ont opposé lundi à Baidoa l’armée fédérale somalienne, assistée par des avions de combat turcs, à une milice soutenant les anciennes autorités de l’Etat somalien du Sud-Ouest, munie de drones kamikazes, ont indiqué les deux parties et des témoins.
Selon Mohamed Ali, haut gradé de l’armée fédérale interrogé par l’Afp, les forces de M. Laftagareen ont pactisé avec les insurgés islamistes shebab pour attaquer la ville, une accusation déjà proférée précédemment et que les partisans de l’ex-gouverneur réfutent.
« Une alliance entre des combattants shebab et des forces loyales à Laftagareen a attaqué Baidoa ce (lundi) matin », mais l’armée fédérale « leur a infligé de lourdes pertes et les a forcés à quitter la ville », a indiqué le commandant Ali.
« Le calme est revenu et les forces progouvernementales contrôlent la situation », a-t-il ajouté, ce qu’ont confirmé plusieurs habitants à l’Afp.
Les assaillants ont utilisé des « véhicules chargés d’explosifs », précipités contre leurs objectifs, et « des drones kamikazes », a déclaré le porte-parole de l’administration locale, Mohamed Sheikh Abdullahi, lors d’une conférence de presse.
Un garde du palais du gouverneur a également décrit, sous le couvert de l’anonymat, l’utilisation contre les positions tenues par le gouvernement fédéral de « drones kamikaze », arme qui n’a que très rarement été observée en Somalie.
« Nous n’avons aucun lien avec les shebab, a rétorqué Ugaas Hassan un porte-parole des milices pro-Laftagareen. Les combats à Baidoa opposent exclusivement nos forces à ceux qui nous ont envahis en prétendant représenter le gouvernement fédéral, ainsi qu’à la Turquie qui les soutient avec des avions de chasse F-16. »
Abdullahi Dero, un habitant de Baidoa, a décrit des combats très violents, « les plus intenses que la ville ait connus récemment ». « Deux F-16 tournoyaient au-dessus de nous, produisant un rugissement très fort », a-t-il narré.
« Des avions turcs ont tiré deux missiles en périphérie de la ville. Nous avons entendu les puissantes explosions, même si je ne sais pas quels dégâts ils ont causés », a de son côté relaté Shamso Ali, un autre habitant.
« Les forces loyales à Laftagareen se sont retirées, la situation est désormais calme et les troupes du gouvernement fédéral contrôlent la ville », a-t-il également dit.
Aucun bilan humain n’a été communiqué par les deux parties. Les autorités de Mogadiscio avaient chassé par la force le gouverneur Laftagareen de son poste, estimant sa réélection illégitime.
Abdiaziz Laftagareen figurait parmi les opposants les plus virulents à une réforme constitutionnelle adoptée début mars, qui a notamment étendu de quatre à cinq ans le mandat du chef de l’Etat fédéral, une modification invoquée par le président Hassan Sheikh Mohamud pour prolonger son actuel mandat.
Le président somalien est en butte à l’hostilité croissante des autorités de plusieurs Etats fédérés – particulièrement les puissants Puntland et Jubbaland – qui dénoncent une tendance centralisatrice du chef de l’Etat empiétant sur leurs pouvoirs.

