Un tribunal de Rome a reconnu lundi trois officiers de sécurité égyptiens coupables de l’enlèvement d’un étudiant italien qui a été torturé et tué il y a dix ans au Caire, une affaire ayant tendu les relations diplomatiques entre l’Italie et l’Égypte.
À la lecture du verdict, la famille de Giulio Regeni et ses soutiens, vêtus de T-shirts et de badges jaunes — la couleur de leur longue campagne pour la justice — sont restés silencieux. « La vérité et la justice ne doivent pas faire l’objet de compromis », a déclaré aux journalistes, après le prononcé de la peine, l’avocate de la famille Regeni, Alessandra Ballerini.
« Notre gouvernement devra en prendre acte… et rompre ses relations avec un pays qui, loin d’être sûr, torture et tue même les citoyens d’États dits amis », a-t-elle ajouté. Il s’agissait de la deuxième tentative en Italie de juger les agents de la sécurité nationale égyptienne pour le meurtre brutal de Giulio Regeni.
Alors âgé de 28 ans, l’étudiant se trouvait au Caire pour mener des recherches dans le cadre de son doctorat lorsqu’il a été enlevé en janvier 2016. Son corps gravement mutilé a été retrouvé neuf jours plus tard, abandonné en périphérie de la capitale égyptienne, à peine reconnaissable et portant de nombreux signes de torture.
Un premier procès, en 2021, avait été annulé par les juges car les procureurs n’avaient pas été en mesure d’informer les suspects des poursuites engagées à leur encontre.
Une décision de la Cour constitutionnelle italienne en septembre 2023 a cependant permis au procès de se tenir contre quatre accusés: le général Tariq Sabir, les colonels Athar Kamel et Hicham Helmi, et le commandant Magdi Ibrahim Abdelal Sharif.
L’un d’eux, Tariq Sabir, a été acquitté lundi.
Les avocats de la défense avaient, sans succès, demandé le classement de l’affaire, arguant que les charges visaient indistinctement les quatre accusés sans attribuer d’actes précis à chacun d’entre eux.
Les enquêteurs pensent que Giulio Regeni, doctorant à l’université de Cambridge, a été enlevé et tué après avoir été pris pour un espion étranger. L’étudiant faisait des recherches sur les syndicats, un sujet très sensible en Égypte.
Le 25 janvier 2016, Giulio Regeni avait été enlevé par des inconnus. Lorsque son corps avait été découvert au bord d’une route, cinq de ses dents étaient cassées, quinze de ses os fracturés et des lettres avaient été gravées dans sa chair, selon l’avocate de la famille.
Quelques mois après l’annulation du premier procès contre les prévenus en 2021, une commission parlementaire italienne spéciale avait conclu – à l’issue de deux ans d’investigations – que les services de sécurité égyptiens étaient responsables de l’enlèvement, de la torture et du meurtre de Giulio Regeni.
La commission a également accusé la justice égyptienne d’avoir agi de manière « obstructive et ouvertement hostile » en ne divulguant pas le lieu où se trouvaient les prévenus.
Le procureur général égyptien a blanchi les quatre suspects de toute responsabilité dans le meurtre de l’étudiant en décembre 2020, classant l’affaire.
Si l’extradition des condamnés reste improbable, le verdict de culpabilité prononcé contre trois des suspects est susceptible de raviver les tensions entre l’Italie — qui est partie civile dans ce dossier — et l’Égypte.
Rome pourrait en effet exiger que l’Égypte verse les 2 millions d’euros de dommages et intérêts réclamés par le gouvernement italien, étant donné que les accusés sont des fonctionnaires.


