La Cour pénale internationale a reconnu coupable mercredi un ancien commandant rebelle de la République centrafricaine de crimes contre l’humanité commis en 2013, alors que le pays sombrait dans la guerre civile.
Selon la cour, qui siège à La Haye, il a supervisé des passages à tabac et des mauvais traitements lorsqu’il dirigeait l’Office central de répression du banditisme (OCRB), à Bangui. La Cpi prononcera la peine pour ces crimes à une date ultérieure.
Par ailleurs, M. Saïd a été acquitté de trois chefs d’accusation de crimes de guerre. Vêtu d’un pull bleu et d’un jean, il a secoué la tête à plusieurs reprises dans la salle d’audience alors que la juge présidente, Miatta Maria Samba, détaillait les crimes.
Elle a indiqué que l’une des méthodes de torture fréquemment utilisées consistait à ligoter dans le dos les mains, les coudes et les pieds des prisonniers. D’autres étaient frappés à coups de corde et de fouet, puis aspergés d’eau.
La cour a souligné les souffrances et les traumatismes des victimes, qui ont témoigné des effets durables de ces crimes sur elles-mêmes, leur famille et leur existence.
La juge a cité le cas de l’une d’entre elles qui a affirmé que sa vie avait été « entièrement détruite par les mauvais traitements subis ». Selon le jugement, M. Saïd maintenait certains détenus dans une petite cellule sous son bureau, dépourvue de toute installation sanitaire.
Les détenus étaient contraints d’uriner et de déféquer à l’intérieur de cette pièce souterraine, sombre, exiguë, insalubre et mal ventilée. Le sol était jonché de détritus et la cellule empestait les excréments. Selon la cour, M. Saïd participait aux interrogatoires et aux mauvais traitements infligés aux détenus, torturés en sa présence.
– Séléka contre Anti-Balaka –
M. Saïd était l’un des principaux commandants des milices rebelles de la Séléka, à majorité musulmane, qui ont renversé le président François Bozizé en 2013 et plongé ce pays africain, d’environ cinq millions d’habitants, dans un conflit intercommunautaire sanglant.
Le renversement du président Bozizé par la Séléka a déclenché une nouvelle guerre civile catastrophique. Pour reprendre le pouvoir, le chef de l’Etat avait mis en place des milices dominées par des chrétiens et des animistes, connues sous le nom d' »anti-Balaka ».
Les violences, de ce qui est appelé la troisième guerre civile centrafricaine, ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Des crimes de guerre auraient été commis par les deux camps.
A partir de 2014, des troupes françaises, sous mandat de l’Onu, ont aidé le gouvernement à sécuriser les principales villes. Depuis la signature d’un accord de paix à Khartoum en 2019, la République centrafricaine connaît une situation plus stable.
À Bangui, certaines associations de victimes ont exprimé leur déception face à l’abandon des accusations de crimes de guerre à l’encontre de M. Saïd. Landry Makokpala, membre de l’Association des victimes des crises en Centrafrique, a exprimé sa « désolation ». « Plusieurs chefs d’accusations ont été balayées par la cour. Avec cela, la peine sera-t-elle moindre? », a-t-il déclaré à l’Afp. « Ce n’est pas à cela que nous les victimes on s’attendait », a-t-il ajouté.
L’année dernière, la Cpi a condamné deux figures de proue des anti-Balaka pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité: l’ancien ministre des Sports, Patrice-Édouard Ngaïssona, et l’ex-député Alfred Yekatom. Ils ont respectivement été condamnés à 12 et 15 ans de prison.
Pour Fernand Mande Njapou, membre de la Société civile centrafricaine, la condamnation de M. Saïd est une « fierté pour les victimes ». « Mais je sais qu’il y a encore les gros poissons qui sont là. Pour ces gros poissons, nous demandons à la Cpi de mettre la main sur eux », a-t-il déclaré à l’Afp.
