Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a entamé mardi à Chypre des réunions séparées avec les dirigeants rivaux de l’île divisée, avec la volonté de relancer de négociations sans froisser Ankara.
L’île méditerranéenne est divisée depuis 1974, après qu’Ankara a occupé le tiers nord de l’île en réponse à un coup d’État de Chypriotes grecs orchestré par Athènes, qui visait à l’unir avec la Grèce.
M. Guterres a exprimé sa volonté d’avancer tout en rassurant la Turquie, garant de Chypre avec le Royaume Uni et la Grèce depuis son indépendance en 1960. « Je tiens à réaffirmer ma solidarité avec le peuple chypriote et mon engagement à trouver une solution, avec les Chypriotes comme avec les garants » a-t-il insisté en évoquant « deux réunions très constructives avec les dirigeants des deux communautés », de part et d’autre de la ligne de partition.
Sur son son compte X, M. Guterres avait rappelé en arrivant que « l’ONU ne peut pas imposer la paix. Seuls les Chypriotes, avec leurs dirigeants, peuvent la construire ». Selon des sources au sein de l’ONU, M. Guterres devait ensuite rencontrer des représentants de la société civile et d’associations, avant d’accueillir les deux dirigeants pour un dîner conjoint, en prélude à une réunion trilatérale mercredi.
Dans un communiqué, la présidence chypriote a salué le « ferme engagement politique personnel » de M. Guterres et « une discussion substantielle et sincère » avec le président Christodoulides. « L’objectif reste la convocation d’une conférence informelle élargie, qui servira de tremplin pour la reprise des négociations’, a estimé son porte-parole.
Mais, a-t-il insisté à l’égard de la Turquie, « chacun doit se conformer à la légalité internationale » et au cadre défini par le Conseil de sécurité: à savoir « une fédération bizonale et bicommunautaire dotée de l’égalité politique » entre les deux parties de l’île, et selon les valeurs de l’Union européenne.
– « L’attitude de la Turquie » –
« Comme M. Guterres l’a lui-même reconnu, l’attitude de toutes les parties – y compris les puissances garantes, et en particulier la Turquie – sera décisive » a-t-il insisté. « Dans tous les cas, la clé de ce processus sera la volonté et l’intention réelle de la Turquie de se réaligner sur la légalité internationale ».
Pour la Turquie, seule à reconnaitre l’enclave autoproclamée de la RTCN, il n’est pas question de renoncer à ce qui est souvent considéré comme sa « 82e province ». Le président Recep Tayyip Erdogan défend avec force une solution à deux États, plutôt que les efforts de réunification conduits par l’ONU vers un État fédéral.
En revanche, M. Erhurman plaide pour la reprise des négociations vers une réunification de l’île. Il a assuré mardi, après son entretien avec M. Guterres, « tout mettre en œuvre pour rétablir la confiance » et vouloir « faire les choses différemment cette fois-ci, après les expériences de 2004 et 2017 » et les échecs des précédentes tentatives de règlement.
Des décennies de pourparlers sous l’égide de l’ONU et le déploiement d’une force internationale des Nations unies le long de la zone tampon n’ont pas abouti. La dernière grande série de négociations à Crans-Montana, en Suisse, avait échoué en juillet 2017.
Les deux dirigeants chypriotes se sont néanmoins rencontrés en décembre et ont fait part de leur engagement à relancer le processus de paix, en présence de l’envoyée de M. Guterres, Maria Angela Holguín.
AFP
