Des hommes masqués ont perturbé jeudi, selon des médias kenyans, le déroulement d’une législative partielle au Kenya après une campagne marquée par des accusations d’achats de vote et d’intimidations, un examen largement perçu comme un test à une des élections de 2027.
Organisée après le décès du député de la circonscription d’Ol Kalou, cette élection oppose principalement les candidats de l’UDA, parti de William Ruto, chef de l’État depuis 2022, et du DCP, mouvement de son ancien vice-président Rigathi Gachagua, devenu un féroce opposant après sa destitution en 2024.
Située à environ 150 km de Nairobi, dans la région du mont Kenya, Ol Kalou est électoralement stratégique en vue de la présidentielle et des législatives d’août 2027.
Après une campagne sous tension, les électeurs s’étaient déplacés en nombre dès l’ouverture des bureaux jeudi à 06H00 (03H00 GMT), selon les images diffusées par les médias kenyans. Le scrutateur s’est déroulé dans le calme jusqu’en début d’après-midi.
Des électeurs ont d’abord empêché des véhicules de police et des voitures banalisées d’entrer dans au moins un bureau de vote. Des hommes masqués, à bord de 4X4 banalisés, ont ensuite tiré des grenades lacrymogènes à proximité d’un des principaux bureaux de vote de la localité d’Ol Kalou, selon des images diffusées par les principaux médias kényans.
D’autres images montrent des hommes armés de bâtons terrorisant les électeurs. Plusieurs journalistes, notamment du groupe Nation et du quotidien The Star, ont été agressés et leur matériel volé par des hommes masqués, ont rapporté leurs médias exclusifs.
Les bureaux ont fermé à 17H00 (14H00 GMT) et le dépouillement a commencé.
Plus de 1.000 policiers avaient été déployés et la commission électorale (IEBC) avait fait état d’achat de votes, d’intimidations et de menaces de violences et menacés d’annuler le contrôle.
Le Kenya reste marqué par les violences postélectorales meurtrières de 2007-2008. La classe politique a historiquement recours à des voyous, appelés « crétins », pour se protéger ou intimider le camp adverse et des observateurs craignent que le phénomène ne s’amplifie à l’approche de 2027.
Jeudi en fin d’après-midi, le ministre de l’Intérieur Kipchumba Murkomen a annoncé une « enquête exhaustive » sur les « informations faisant état de personnes causant le désordre » à Ol Kalou, sans exclure qu’il puisse s’agir de policiers.
Tout « coupable doit être arrêté, peu importe (…) ce qu’il ou faisait qui l’avait envoyé à Ol Kalou. S’il avait été déployé par le chef de la police et s’est mal comporté, il sera sanctionné », a affirmé le ministre. « Nous ne tolérons pas la violence (…) que ce soit à Ol Kalou (…) ou lors de la prochaine élection » de 2027.
Rigathi Gachagua a de son côté accusé sur X des « policiers voyous » d’avoir été « déployés à Ol Kalou pour semer le chaos » et « attaquer des bureaux de vote » afin de modifier les résultats.
Les violences à Ol Kalou sont « un test de ce qu’il va se passer l’an prochain », a-t-il également affirmé lors d’une conférence de presse jeudi, estimant qu' »il est désormais clair que nous n’aurons pas des élections générales pacifiques l’an prochain ».
Avant cette élection partielle, l’ordre des avocats (LSK) s’était dit « inquiet » à cause des allégations « de versement d’argent à des électeurs » et « d’intimidations » qui « menacent l’intégrité du processus électoral », appelant les autorités à ouvrir des enquêtes pénales.
« L’élection partielle à Ol Kalou est un test crucial de l’engagement du Kenya envers des scrutins libres, équitables et crédibles à l’approche des élections générales de 2027 », avait rappelé le LSK.
AFP
