La France a annoncé vendredi le retour de son ambassadeur en Algérie, à l’occasion d’une visite ministérielle qui doit permettre de « nouer des relations confiantes » et « restaurer un dialogue efficace » avec Alger, après presque deux ans de crise diplomatique entre les deux pays.
Mme Rufo et son homologue aux Anciens Combattants, Abdelmalek Tachrift, ont mené une procession de plusieurs centaines de personnes, composée d’officiels mais aussi d’habitants arborant pour certains les couleurs vert et blanc du drapeau algérien, a constaté un journaliste de l’AFP.
Les deux ministres ont déposé des gerbes sur une stèle à la mémoire de Bouzid Saâl, dont la mort sous les balles des forces françaises avait déclenché des émeutes, violemment réprimées.
« La lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd’hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir », a souligné l’Elysée dans un communiqué.
La date du 8 mai, baptisée « journée de la Mémoire » en Algérie, est « un marqueur fort sur le plan identitaire pour le nationalisme algérien, dont il faut tenir compte », a souligné auprès de l’AFP l’historien Benjamin Stora, présent dans la délégation française.
– Expulsions de diplomates –
La ministre déléguée s’est ensuite envolée vers Alger où elle doit être reçue d’ici samedi « par les autorités algériennes avec qui elle évoquera notamment les prochaines étapes de la consolidation » des relations franco-algériennes et la volonté française de « restaurer un dialogue efficace », a indiqué l’Elysée sans plus de détail.
Ce voyage est le deuxième d’un membre du gouvernement français en moins de trois mois, après celui du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez mi-février.
Il consacre un dégel après une profonde crise diplomatique entre Paris et Alger, déclenchée à l’été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » pour le territoire disputé du Sahara occidental.
Dans ce territoire au statut non défini selon l’ONU, un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger. L’Algérie a immédiatement retiré son ambassadeur en France.
La crise s’était aggravée avec l’arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié par le président Tebboune en novembre 2025) et après la mise en examen en avril 2025 d’un agent consulaire algérien accusé d’être impliqué dans l’enlèvement en France d’un influenceur algérien, Amir DZ.
Cette affaire avait conduit à l’expulsion réciproque d’une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l’ambassadeur Romatet.
– « Attention prioritaire » pour Gleizes –
Cette rupture était nourrie par les prises de position du ministre français de l’Intérieur de l’époque Bruno Retailleau (septembre 2024-octobre 2025), tenant d’une ligne dure, qui avait cristallisé sur sa personne les critiques d’Alger.
Un réchauffement s’est amorcé avec la visite mi-février de son successeur Laurent Nuñez, reçu par le président Tebboune. Depuis, les expulsions d’Algériens en situation irrégulière en France, jusqu’alors gelées, ont notamment repris.
Les contacts se sont ensuite multipliés: mi-mars, les chefs de la diplomatie des deux pays, Jean-Noël Barrot et Ahmed Attaf, se sont entretenus pour la première fois depuis des mois ; nommée à la tête de l’Institut du monde arabe, l’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, Anne-Claire Legendre, s’est également rendue à Alger en avril.
Reste un dossier non résolu, symbole de la crise entre les deux pays: le cas du journaliste Christophe Gleizes, auquel l’Elysée a affirmé porter une « attention prioritaire ».
Le journaliste sportif de 37 ans a été arrêté en mai 2024 dans le cadre d’un reportage sur la JSK, club de football de Kabylie (nord-est), et condamné en appel début décembre à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
Sa famille a annoncé mardi qu’il avait retiré depuis mars son pourvoi en cassation, une démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.
« Ces étapes importantes du renforcement de la relation de la France et de l’Algérie donnent espoir et confiance dans une issue prochaine au drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille », a réagi auprès de l’AFP Thibaud Bruttin, directeur de Reporters Sans Frontières.
AFP