La Cour constitutionnelle sud-africaine a rouvert vendredi la porte à une procédure de destitution du président Cyril Ramaphosa dans le cadre d’un scandale lié à un important vol d’argent liquide, en invalidant un vote du Parlement qui s’y était opposé.
Le vote de l’Assemblée, qui coupait court à une éventuelle procédure de destitution, « est incompatible avec la Constitution, invalide et annulé », a déclaré la présidente de la Cour constitutionnelle, Mandisa Maya, qui examinait une plainte déposée par le parti de gauche radicale EFF.
Le jugement de la cour ordonne aussi que le rapport soit « transmis à une commission de destitution », aux pouvoirs d’enquête plus larges. Si le nouveau rapport de cette commission recommande la destitution, celle-ci doit être votée par l’Assemblée à une majorité des deux tiers.
Président du pays depuis 2018, Cyril Ramaphosa, aujourd’hui âgé de 73 ans, avait été tout proche de démissionner à l’époque où le scandale avait éclaté, d’après la presse.
La présidence a dit vendredi « respecter la décision de la Cour constitutionnelle ». « Le président Ramaphosa n’a cessé d’apporter son entière coopération aux différentes enquêtes menées sur cette affaire », indique un communiqué de ses services. « Le président Ramaphosa réaffirme que nul n’est au-dessus des lois. »
Contrairement à 2022 quand l’ANC pouvait compter sur 57% des députés, il ne dispose plus d’une majorité absolue à l’Assemblée. Avec seulement 40% des sièges depuis les élections de 2024, le parti a été contraint à une alliance de circonstance avec des opposants historiques, comme la formation de centre-droit Alliance démocratique (DA) qui dispose de 21% des voix dans la chambre.
– Elections locales en novembre –
Ce rebondissement judiciaire intervient lors d’une année de scrutin avec des élections locales programmées le 4 novembre. L’ANC, parti de Nelson Mandela, peut craindre de perdre encore du terrain et de grandes métropoles comme Johannesburg au bénéfice de la DA, ou Durban au profit de la formation MK de l’ex-président Jacob Zuma, qui y est particulièrement bien implantée.
Le mandat de Cyril Ramaphosa entre par ailleurs doucement dans son crépuscule. Un congrès de l’ANC en décembre 2027 pour désigner le nouveau dirigeant du parti pourrait l’obliger à quitter la présidence du pays si une faction adverse l’emportait. Aucun chef d’Etat sud-africain n’est allé au bout de son deuxième et ultime mandat depuis les premières élections libres de 1994.
Dans le scandale connu sous le nom de « Phala Phala », le président avait reconnu un cambriolage mais nié les accusations d’un ancien patron du renseignement affirmant qu’il avait fait enlever les voleurs pour tenter de dissimuler l’affaire. Il a affirmé qu’il avait signalé l’effraction à la police et expliqué que l’argent provenait de la vente de vingt buffles pour 580.000 dollars.
Le parquet a abandonné les poursuites pour blanchiment d’argent et corruption dans ce dossier en octobre 2024, estimant qu’il « n’y avait aucune perspective raisonnable de condamnation ».
Cyril Ramaphosa est un ancien militant du temps de la lutte contre l’apartheid devenu homme d’affaires avant de renouer avec la politique et d’accéder à la présidence en 2018.
« C’est un moment grave », a réagi le nouveau dirigeant de la DA, Geordin Hill-Lewis. Son parti « participera pleinement et de manière constructive aux travaux de la commission de destitution », a-t-il annoncé dans un communiqué. « On se fondera sur les faits, sur les preuves présentées à la commission et sur notre devoir constitutionnel. On ne préjugera pas de l’issue de la procédure. »
Quant au dirigeant de l’EFF, Julius Malema, présent à l’audience de la Cour constitutionnelle, il s’est dit « très heureux que la Constitution ait prévalu » devant les médias présents. « C’est à l’ANC de décider s’il souhaite être dirigé par un président sur lequel pèse un tel nuage », a-t-il ajouté, « un président qui va devoir répondre à des questions très dures et approfondies lors de la procédure de destitution ».
AFP