Mali : un journaliste condamné à deux ans de prison pour un article critiquant la junte au Niger

Un journaliste malien a été condamné lundi à deux ans de prison ferme par un tribunal de Bamako pour avoir publié un article critiquant le chef de la junte au pouvoir au Niger voisin, dans un contexte de restriction des libertés dans ce pays dirigé d’une main de fer par des militaires.

Youssouf Sissoko, chef de la publication du journal malien L’Alternance, a publié un article le 2 février reprochant au chef de la junte du Niger, Abdourahamane Tiani, d’avoir accusé la France, la Côte d’Ivoire et le Bénin d’être impliqués dans une attaque contre l’aéroport de Niamey fin janvier. Cette attaque a été revendiquée par le groupe jihadhiste État islamique.

L’article, signé par un autre journaliste, accusait M. Tiani de mensonge et de faire du Niger, où une juinte a pris le pouvoir en 2023 et s’est rapprochée de la Russie, un « laboratoire pour une expérimentation politique toxique ». M. Sissoko a été arrêté le 5 février et placé en détention pour « diffusion de fausses informations, atteinte à la réputation de l’État et insulte à l’égard d’un chef d’État étranger », selon l’Association des éditeurs de presse privée du Mali (ASSEP).

Lundi, le tribunal du pôle national de lutte contre la cybercriminalité a condamné le journaliste à deux ans de prison ferme et au paiement d’un million de francs CFA (1.500 euros) de dommages et intérêts. « Le verdict n’est pas du tout en faveur de l’apaisement. Nous allons faire appel », a indiqué à l’AFP Boubacar Yalkoué, président de l’ASSEP.

L’association a également fait partie de sa « profonde indignation » et a exprimé un « recul préoccupant de la liberté d’expression et de la liberté de la presse », dans un communiqué. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a déclaré une « violation grave de la liberté de la presse » et appelé à la « libération immédiate » de Youssouf Sissoko, dans un communiqué transmis lundi à l’AFP.

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont dirigés par des juntes de coups d’État commis entre 2020 et 2023, et ont depuis formé une confédération, l’Alliance des États du Sahel (AES). Ancienne puissance coloniale, la France entretient des relations glaciales avec les régimes militaires de l’AES, qui ont tous trois fait à partir de son armée de leur sol. Ces juntes sahéliennes ciblent régulièrement Paris de leurs invectives. Le Mali occupe la 119e place sur 180 pays et territoires au classement 2025 de la liberté de la presse de RSF.

AFP

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