En signant un accord sur les minerais, l’Ukraine a trouvé un nouveau moyen de lier les Etats-Unis à son avenir, mais il reste à voir si elle peut garantir un soutien à long terme de la part du président Donald Trump.
Deux mois après que le président Volodymyr Zelensky a été expulsé sans ménagement de la Maison Blanche à la suite d’un affrontement devant les caméras avec M. Trump, l’Ukraine a renégocié l’accord qu’il était censé signer, le dirigeant ukrainien saluant une nouvelle version « véritablement équitable ».
M. Trump a déjà fait savoir qu’il ne soutiendrait pas l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan, soutenant la position du président russe Vladimir Poutine selon laquelle l’adhésion à l’alliance occidentale est une ligne rouge, et il a critiqué à plusieurs reprises les milliards de dollars d’aide américaine à l’Ukraine depuis l’invasion russe en février 2022.
Mais après s’être montrée réticente face aux demandes de compensation de M. Trump pour l’aide passée, l’Ukraine a réussi, grâce à l’accord, à garantir une présence américaine d’une manière acceptable pour l’homme d’affaires qu’est M. Trump, selon des experts.
L’accord place les Ukrainiens « dans leur position la plus forte avec Washington depuis l’entrée en fonction de M. Trump », estime Shelby Magid, du groupe de réflexion Atlantic Council.
« Alors que l’administration Trump a exercé une pression énorme sur l’Ukraine pour qu’elle accepte de précédents accords, l’Ukraine a réussi à montrer qu’elle n’est pas seulement un partenaire junior qui doit s’écraser et accepter un mauvais accord », ajoute-t-elle.
L’accord ne mentionne aucune dette de l’Ukraine, malgré les demandes répétées de M. Trump, et selon Kiev, l’Ukraine garde le contrôle de ses ressources naturelles.
– « Extorsion » –
Mais une leçon tirée de l’histoire récente pourrait décourager les Ukrainiens.
M. Trump a conclu au début de son premier mandat (2017-2021) un accord avec le président de l’Afghanistan à l’époque, Ashraf Ghani, en vue d’exploiter des richesses minérales.
A la fin du mandat de M. Trump, les Etats-Unis avaient de fait lâché M. Ghani en négociant un accord avec les talibans, qui ont rapidement pris le pouvoir lorsque le président Joe Biden a mis en œuvre l’accord et retiré les troupes américaines.
Certains opposants démocrates de M. Trump ont rejeté la portée de l’accord sur les minerais ukrainiens.
L’élu Gregory Meeks, principal démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a qualifié cet accord d' »extorsion » de la part du président américain.
Le sénateur démocrate Chris Murphy a lui estimé que l’accord n’avait aucun sens si M. Trump ne s’engageait pas à fournir d’autres armes à l’Ukraine.
« A l’heure actuelle, tout indique que la politique de Donald Trump consiste à remettre l’Ukraine à Vladimir Poutine, et dans ce cas, cet accord ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », a-t-il dit sur la chaîne de télévision MSNBC.
– Changement de ton –
Il est en tout cas trop tôt pour savoir dans quelle mesure l’accord fournira une garantie de sécurité à l’Ukraine, souligne Robert Murrett, de l’université de Syracuse.
Mais, selon lui, d’un point de vue économique, cet accord ne peut être considéré que comme « quelque chose de positif, en ce sens qu’il donne aux Etats-Unis un intérêt à long terme en Ukraine ».
« Je pense que l’autre bon indicateur (..) est le fait que le Kremlin soit très, très mécontent de l’accord », ajoute-t-il.
Gracelin Baskaran, du Centre d’études stratégiques et internationales, fait valoir aussi que le langage utilisé est frappant, alors que l’accord évoque « l’invasion par la Russie ».
Il ouvre aussi la perspective d’un renouvellement de l’aide militaire américaine, le financement pouvant être comptabilisé comme un investissement américain dans le fonds.
A court terme, « il permet à l’administration Trump d’apporter son soutien » à l’Ukraine, ajoute l’experte. Ce qui en soi « est un changement assez important par rapport à la situation d’il y a 60 jours ». (Afp)