Alors que la guerre au Moyen-Orient s’éternise, la participation de l’Iran à la Coupe du monde de football dans un mois n’est toujours pas entièrement acquise. Mais à Tucson, la ville américaine où la Team Melli doit séjourner, on prépare les pelouses comme si de rien n’était.
L’herbe « sera coupée et préparée de la même manière que sur les terrains où ils joueront » pendant la phase de groupe, « tant à Los Angeles qu’à Seattle », explique à l’AFP Sarah Hanna, la directrice du Kino Sports Complex. « Nous sommes tout simplement ravis de les accueillir ici, et nous allons leur offrir une expérience positive », promet la quadragénaire.
Coordination avec l’hôtel, nourriture, sécurité : à un mois du coup d’envoi du Mondial, elle enchaîne « 12 à 20 réunions » par semaine pour recevoir les Iraniens. Et ce, malgré un suspense interminable concernant leur participation, depuis le début de la guerre lancée fin février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran.
Les tensions restent vives autour du détroit d’Ormuz, où l’Iran bloque le passage des navires pétroliers, malgré un cessez-le-feu fragile. Mais la Fifa martèle depuis des semaines que l’équipe prendra part au tournoi. Tucson n’a donc jamais interrompu ses préparatifs.
– Quelle sécurité ? –
« En ce qui nous concerne, c’est confirmé à 100 %, et ça n’a jamais été remis en question », résume Mme Hannah. La fédération iranienne entretient cependant le doute. Vendredi, son président a annoncé la participation de la Team Melli, tout en fixant dix conditions.
Parmi elles, l’octroi de visas et le respect du personnel, alors que Washington pourrait refuser l’entrée à certains membres de la délégation ayant des liens avec les Gardiens de la Révolution – une organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis.
Téhéran exige également un haut niveau de sécurité pour l’équipe. Un point sur lequel Donald Trump peut paraître ambigu. En mars, le président américain a assuré que la sélection iranienne était « bienvenue », tout en jugeant la présence des joueurs inappropriée « pour leur propre sécurité ».
Mais à Tucson, on assure que tout ira bien. Les polices locales et les forces fédérales appliquent un « plan de sécurité adapté », assure Mme Hanna. La plupart, voire la totalité, des entraînements de la sélection iranienne seront fermés au public. « Notre président est connu pour être un peu grandiloquent dans son utilisation des réseaux sociaux et dans ses propositions », rassure Jon Pearlman, président du club de foot FC Tucson.
« Je ne pense pas que le président Trump ou quiconque au sein de notre gouvernement se donnera pour mission de les faire se sentir indésirables ou en danger », insiste-t-il, en rappelant que les Etats-Unis ont intérêt à donner une image d’hôte modèle pour accueillir le Mondial féminin en 2031.
– « Bras ouverts » –
Au Kino Sports Complex, les joueurs iraniens auront accès aux équipements de musculation, aux bains de glace et aux tables de massages du club. « Nous les accueillons à bras ouverts », reprend M. Pearlman, en vantant le foot comme un sport « qui rassemble les nations, et non qui les divise ».
Un discours largement repris dans cette ville multiculturelle de 540.000 habitants, à majorité démocrate. « J’espère qu’ils se sentiront toujours les bienvenus ici », confie Rob McLane, un amateur de foot en salle indigné par cette « guerre illégale », jamais formellement réglementée par le Congrès.
Même près de la base militaire, dont les avions survolent régulièrement les terrains réservés aux joueurs iraniens, les électeurs républicains rencontrés par l’AFP séparent sport et géopolitique. « Je suis content qu’ils viennent, et je n’ai aucune mauvaise intention envers eux, ni aucune réserve », lance Michael Holley, un vétéran favorable à la guerre afin d’empêcher l’Iran d’obtenir la bombe atomique.
Pour ce retraité de 68 ans, Donald Trump a expérimenté la sécurité des joueurs parce qu’il « craignait que les athlètes iraniens soient sanctionnés par leur propre gouvernement s’ils expriment leur opinion, il ne voulait pas dire que le peuple américain représente une menace ».
Reste à savoir comment la communauté iranienne de Tucson accueillera l’équipe, après la répression sanglante par la République islamique des manifestations populaires de janvier dernier, qui a fait des milliers de morts.
Car aux yeux de certains comme Ali Rezaei, la Team Melli reste un instrument de communication des mollahs au pouvoir. « C’est impossible pour moi de les soutenir », confie ce joueur de technicien informatique de 68 ans, qui joue au foot sur son temps libre. « S’il ya une manifestation contre eux, j’irai peut-être. »
