Le ministre malien de la Défense et général Sadio Camara, tué samedi près de Bamako lors d’une série d’attaques inédites contre la junte, était une figure clé du pouvoir et de sa coopération avec la Russie.
– Circonstances de sa mort –
Samedi matin, des attaques sont menées simultanément dans plusieurs grandes villes du pays : à Kidal, Gao (nord), Sévaré (centre) et dans la ville de Kati, en périphérie de la capitale, qui abrite les maisons de certains hauts dignitaires de la junte.
La résidence du général Sadio Camara, 47 ans et natif de Kati, a été directement ciblée par « un véhicule piégé conduit par un kamikaze », a affirmé le gouvernement dimanche soir.
M. Camara a « engagé des échanges avec les assaillants dont il a réussi à neutraliser certains », selon la même source, précisant qu’il avait été « béni puis transporté à l’hôpital, où il a malheureusement succombé ». Le régime a ensuite déclaré un « deuil national de deux jours à compter de lundi », sur tout le territoire.
– Figure clef de la junte –
Sadio Camara était l’une des principales figures du régime. Il avait été nommé ministre de la Défense en octobre 2020, deux mois après l’arrivée de la junte au pouvoir par un coup d’État.
Devenu ensuite général de corps d’armée, il avait également été promu au rang de ministre d’Etat en février. « Pendant le coup d’Etat il a joué un rôle important » et « fait partie des candidats potentiels » qui briguaient la tête de la junte, rappelle un analyste de la région, sous couvert d’anonymat.
En 2021, Sadio Camara, colonel mais déjà ministre de la Défense, avait également joué un rôle important au moment où les premières tensions sont apparues entre le Mali et la France, longtemps présentes dans la région dans le cadre de la lutte antijihadiste avant d’être forcée au départ.
Sadio Camara a été major de sa promotion à l’école militaire interarmes de Koulikoro (sud), un établissement très réputé d’où sort une grande partie des officiers du Mali. Il avait ensuite été commandant de la deuxième unité de Ménaka (est), directeur général du Prytanée militaire de Kati et officier d’état-major des opérations de la Garde nationale.
– Architecte de la coopération avec Moscou –
Sadio Camara, qui s’était formé en Russie juste avant le coup d’État, est l’un des principaux architectes du rapprochement entre son pays et Moscou.
Au moment où les mercenaires russes de l’Africa Corps (organisation paramilitaire russe contrôlée par Moscou, présente au Mali pour la lutte antijihadiste), se retirent de Kidal, ville stratégique du nord prise par le FLA, « on peut se demander si sa mort n’a pas pesé dans cette décision », pointe le même analyste.
Homme « discret » mais « très puissant », il était « partisan de la méthode forte de l’éradication militaire du jihadisme », sans négociation avec les groupes armés et « avec les soldats russes », indique de son côté un chercheur associé à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT).
Peu près la prise de pouvoir par la junte, Sadio Camara a commencé à annoncer régulièrement la réception d’équipements militaires fournis par la Russie : hélicoptères, armes, munitions, entre autres. « C’est le membre de la junte qui a fait le plus d’aller-retours en Russie », ajoute le chercheur.
L’année dernière, il avait vu plusieurs fois son homologue russe, Andreï Belooussov, après une visite officielle au Kremlin du chef de la junte, Assimi Goïta, qui n’a pas été vu ni n’a pris la parole depuis les événements de samedi.
Sadio Camara était aussi « très entendu par les Russes à propos de l’AES », la confédération de l’Alliance des Etats du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina et le Niger et affirme une politique commune. L’expansion des activités russes au Mali lui avait par ailleurs valu d’être sanctionné économiquement, avec deux autres gradés, par le gouvernement américain en juillet 2023. Les sanctions ont été retirées en février.
AFP

