Le procureur spécial d’une juridiction béninoise a confirmé lundi qu’il préparait une demande d’extradition de l’influenceur panafricaniste Kemi Seba, arrêté la semaine dernière par la police sud-africaine à Pretoria.
Le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), Elonm Mario Metonou, a confirmé dans un communiqué qu’il « procédait actuellement à la préparation » d’une demande d’extradition de Kemi Seba.
La police sud-africaine avait affirmé jeudi qu’une procédure d’extradition était en cours mais sans préciser quel pays en avait fait la demande.
M. Metonou a assuré que « les autorités politiques n’interviennent à ce stade que pour assurer la transmission des demandes par voie diplomatique ».
Un des avocats l’ayant représenté à une audience lundi, Sesedi Phooko, avait indiqué à l’AFP avoir déposé une « demande d’asile politique » en Afrique du Sud. Mais sur le compte X de Kemi Seba, un message « inform(ant) l’ensemble des médias que Maître Sesedi Phooko ne représente pas Kemi Seba » a été publié plus tard lundi.
Conseiller de l’influenceur, Juan Branco, qui l’a défendu dans le passé, a déclaré à l’AFP que « Maître Phooko avait vu son mandat terminé par M. Seba avant qu’il fasse son intervention à la presse ». « Il n’y a a ce stade aucune demande d’asile qui a été déposée », a-t-il ajouté.
De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, l’influenceur Kemi Seba, 44 ans, compte 1,5 million d’abonnés.
Né Franco-Béninois, il a été déchu de sa nationalité française en 2024. Il possède un passeport diplomatique nigérien, octroyé par la junte au pouvoir issue d’un coup d’Etat perpétré en 2023. Le Niger, voisin du Bénin, mène une virulente politique anti-occidentale et s’est rapproché de Moscou, avec qui Kemi Seba a aussi des liens.
– « situation irrégulière » –
Ce dernier, qui comparaissait avec son fils de 18 ans de nationalité française, s’est installé en Afrique du Sud il y a cinq mois, d’après un membre de son entourage. « Il était dans une situation qui était irrégulière parce qu’il avait dépassé son visa de 2 mois et il n’avait pas régularisé sa situation », a précisé cette source.
Il a été arrêté en compagnie du leader du groupe identitaire afrikaner Bittereinders, François van der Merwe, qui comparaissait aussi lundi, a constaté un journaliste de l’AFP.
Le parquet a demandé lors de l’audience un report afin de vérifier l’authenticité du passeport de Kemi Seba, son statut de résident et les soupçons de blanchiment d’argent qui pèsent sur lui, pour lesquels il fait l’objet d’un autre mandat d’arrêt, émis en juin 2025 par le Bénin.
François van der Merwe a été payé 250.000 rands, soit environ 13.000 euros, « pour les aider à traverser le fleuve Limpopo et à se rendre au Zimbabwe », d’après un communiqué de la police.
Le même proche de Kemi Seba assure que les deux hommes, dont le positionnement politique paraît aux antipodes, n’avaient eu aucun contact direct et ne se connaissaient pas avant leur arrestation lundi dernier.
François van der Merwe entretient aussi des liens avec la Russie. Il s’est rendu à Moscou en septembre 2024 pour rencontrer une organisation liée à l’oligarque ultranationaliste Konstantin Malofeïev, sous sanctions occidentales.
A la tête de l’ONG baptisée « Urgences panafricanistes » et connu pour ses diatribes radicales contre la France et les pouvoirs africains alliés de Paris, Kemi Seba a salué le 7 décembre « le jour de la libération » du Bénin au moment d’une tentative ratée de coup d’Etat.
Farouche opposant du président sortant Patrice Talon, il avait été brièvement interpellé en 2019 et en 2023, lors de passages au Bénin.
AFP
