Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique: « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté »

Le Président de la République a procédé lundi matin 20 avril à l’ouverture officielle de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, aux côtés de S.E.M Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Leone et Président en exercice de la CEDEAO, et de S.E.M Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Président de la République Islamique de Mauritanie, invités d’honneur de cette édition.

Placée sous le thème « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? », cette dixième édition s’inscrit dans un contexte mondial marqué par la fragilisation des consensus multilatéraux et la multiplication des menaces transnationales. Devant ses pairs et les délégations réunies à Dakar, le chef de l’État a appelé l’Afrique à assumer pleinement sa souveraineté, à gouverner ses ressources, à opérationnaliser ses propres forces de sécurité et à investir dans sa jeunesse comme premier rempart contre la radicalisation.

« Que cette édition soit celle de la maturité et du passage à l’acte », a-t-il déclaré, en formant le vœu que les travaux de Dakar débouchent sur des réponses concrètes aux défis sécuritaires du continent.

Bassirou Diomaye Diakhar Faye a d’emblée d’abord tenu à remercier chaleureusement les présidents Ghazouani et Mada Bio qui ont fait « l’amitié de rehausser cet événement de leur présence au Sénégal ; en tant qu’Invités d’honneur de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, malgré leurs agendas très chargés. »
« Votre présence parmi nous aujourd’hui est le témoignage de votre amitié pour le Sénégal et de votre attachement à la paix et à la sécurité de notre Continent », a-t-il martelé.
Solutions endogènes aux défis sécuritaires du Continent.
Ainsi il  a souhaité à toutes et à tous la bienvenue et un agréable séjour au Sénégal ; de même en remerciant vivement les partenaires qui ont soutenu l’organisation de cette édition.
A l’en croire, lorsque ce Forum voyait le jour, il y a plus de dix ans, la poussée djihadiste s’installait déjà au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.
Elle recommandait dès lors que le continent renforce son espace de réflexion stratégique sur sa propre sécurité, affirme sa voix et construise ses propres solutions.
 Le président sénégalais soutient que pendant toutes ces éditions, Dakar s’est affirmée comme une capitale du dialogue stratégique africain et international, d’introspection et d’échanges sur les voies et moyens d’explorer des solutions endogènes aux défis sécuritaires du Continent.
« Au moment où nous sommes réunis ici, cette conviction n’a pas faibli, au contraire, elle s’est renforcée au contact de la réalité », précise-t-il.
« Le monde dans lequel nous vivons en 2026 est marqué par une profonde instabilité avec des crises majeures aux impacts colossaux », a rappelé Diomaye Faye à ses pairs et aux participants.
Selon le président Faye, ces crises ont fragilisé les consensus multilatéraux, remis en cause les alliances et les équilibres régionaux.
« Elles nous rappellent surtout que la barbarie n’est jamais loin ; au Proche Orient le conflit à Gaza renvoie à l’humanité des images tragiques qui blessent les consciences et affectent les âmes sensibles », a-t-il ajouté.
 » De plus, nous assistons depuis deux ans à des fractures commerciales profondes entre grandes puissances avec une volonté notoire de retour au protectionnisme économique et au repli sur soi sans précédent », souligne M. Faye.
Pendant ce temps, l’Afrique, loin d’être protégée, subit d’après Diomaye Faye, les effets de toutes ces crises et doit faire face, en plus, à des menaces plurielles telles que les conflits armés et le terrorisme, puis la criminalité transfrontalière organisée et la piraterie maritime.
 » Avec l’expansion du terrorisme, la désinformation et la cybercriminalité constituent de sérieuses menaces à nos démocraties et à nos infrastructures critiques », poursuit-il.
Et pour lui, comme si tout cela ne suffisait pas, les changements climatiques qui s’accentuent deviennent également un vecteur d’instabilité, y compris le risque dévastateur de nouvelles pandémies.
« Le diagnostic est clair et si rien n’est fait, l’Afrique ne tirera pas profit de ses énormes potentialités », s’alarme-t-il.
Dès lors, le chef de l’État sénégalais trouve qu’ « il convient de nous poser la question sur ce que l’Afrique doit faire pour juguler ces fléaux et assoir son développement. »
C’est là toute la pertinence du thème choisi pour cette 10e édition du Forum : « l’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? »
« Cette thématique nous appelle à une réflexion profonde sur ce que nous devons faire ensemble, dans la solidarité, pour sortir notre continent du cycle de l’instabilité et en faire un espace pacifique, intégré, souverain et prospère », interpelle l’assistance présente au Cicad.
Des réponses de l’Afrique face aux multiples crises
Le président Faye avoue que l’Afrique n’est pas sans réponse. Des progrès notables ont été enregistrés dans la prévention des conflits et le maintien de la paix.  Des architectures de sécurité collective ont été conçues aux niveaux sous régional et continental.
L’Union africaine et les Communautés économiques régionales, en particulier la Cedeao, ont démontré leur capacité à intervenir, par le déploiement de forces de maintien de la paix.
Mais il répond en indiquant que ces architectures ont des limites.  » Des mandats parfois flous, des financements incertains, des capacités opérationnelles insuffisantes, et surtout, une déconnexion trop fréquente entre les décisions prises ailleurs et les réalités vécues sur le terrain », a-t-il avancé.
« Il est donc urgent de réorienter nos réponses collectives pour les rendre plus agiles, plus efficaces, plus ancrées dans les besoins réels des populations », affirme M. Faye.
Bassirou Diomaye Diakhar Faye précise que l’Afrique ne doit plus se contenter d’être le centre des convoitises entre grandes puissances, ni de rivalités énergétiques et minières.
« Elle ne doit pas non plus rester spectatrice de la recomposition en cours des équilibres mondiaux. Nous devons en être des acteurs plus dynamiques et à part entière », a-t-il expliqué.
 » Notre Continent doit clairement assumer sa souveraineté. Nous ne devons plus accepter que notre agenda sécuritaire soit défini ailleurs ; que nos priorités soient dictées par des intérêts étrangers ; notre espace stratégique soit occupé sans notre consentement », a encore poursuivi le chef de l’État Diomaye Faye.
Selon lui, la souveraineté, c’est aussi et surtout une réalité intérieure. Elle doit être stratégique, économique mais de nos jours elle doit également être numérique.
 » La prospérité ne nait pas de l’abondance des ressources, mais de notre capacité à les gouverner », a fait remarquer le président de la République du Sénégal.
 » Du lithium au cobalt, du pétrole au gaz, de l’uranium à nos richesses halieutiques, nos ressources ne doivent plus alimenter uniquement les industries d’ailleurs », confie-t-il.
M. Faye admet que les ressources doivent propulser celles présentes sur le continent selon la règle. « Extraire chez nous, transformer chez nous et vendre à un prix juste ! C’est ça le moteur de notre transformation structurelle », clame-t-il.
« Mais entendons-nous bien, même avec une pleine souveraineté acquise, aucun pays, ni aucun continent ne peut triompher seul face à ces menaces sécuritaires.
Toute solution efficace ne le sera que collectivement », a concédé B. D. D. Faye.
Selon Diomaye Faye,  » quand on se penche sur les problèmes de sécurité en Afrique avec leur lot important de victimes, je pense aussi à cet enfant du Sahel qui n’a pu aller à l’école cette année parce que les routes sont coupées ; je pense à cette femme du bassin du lac Tchad qui a tout perdu dans un raid de groupe armé ; je pense également à ce jeune dans la Corne de l’Afrique qui n’a pas trouvé d’emploi et a été recruté par un réseau criminel faute d’autre horizon ».
 » Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des réalités », affirme-t-il.
Pas de fatalité pour l’Afrique 
Mais il estime que l’Afrique n’est pas condamnée à la fatalité. Elle doit faire face et cela passe à son avis par :
Premièrement : la consolidation des mécanismes de prévention, d’alerte précoce et de rétablissement de la paix du continent ;
Deuxièmement : l’opérationnalisation des différentes forces en attente au niveau régional ou continental. Ces entités doivent agir en complémentarité avec les forces onusiennes sur le continent avec des mandats clairement définis, des financements plus stables, plus prévisibles et davantage maîtrisés par les États africains eux-mêmes ;
Troisièmement : le Renforcement de la coopération et de la solidarité régionales pour contrer l’expansion du terrorisme vers les Etats côtiers et assoir une industrie de défense à l’échelle continentale pour un meilleur approvisionnement en équipements militaires.
Quatrièmement : Mieux valoriser le dividende démographique que constitue la jeunesse à travers des investissements dans l’éducation et la formation, y compris dans la digitalisation et le numérique pour favoriser l’emploi ; c’est une manière efficace de lutter contre l’endoctrinement et la radicalisation.
Cinquièmement : Renforcer la gouvernance des ressources énergétiques et minières, et promouvoir une valorisation de ces ressources avec une industrialisation progressive sur toute la chaine de valeur.
Sixièmement : Travailler à une meilleure intégration du Continent sur la base des mécanismes existants comme la Zone de libre échange continentale (ZLECAF) et les autres mécanismes de coordination des secteurs de la santé, de l’agriculture, des infrastructures, inclus dans l’agenda 2063.
Le président sénégalais assure que la paix et la sécurité sont indissociables du développement.
Au même titre que la stabilité est indispensable pour favoriser l’éducation, la santé, la croissance économique et les investissements, il déclare que le développement est aussi le moyen par excellence de réduction de la pauvreté et des inégalités qui sont de potentielles sources de conflits.
« Il est donc fondamental, qu’en plus des réponses militaires, que des programmes de développement soient parallèlement menés dans la lutte contre l’insécurité et l’instabilité. Unis, nous serons plus fort pour passer d’une posture de vulnérabilité à celle de puissance économique », a-t-il renchéri.
C’est pourquoi, selon lui, la centralité de l’intégration africaine doit être au cœur de nos politiques. « Notre engagement doit être renforcé tant dans la conception que dans la mise en œuvre des politiques communautaires », souligne-t-il.
« Je suis convaincu que, unis et confiants en nous-mêmes, nous pouvons jouer les premiers rôles et faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène internationale », a-t-il encore dit.
Bassirou Diomaye Diakhar Faye dit espérer que les travaux aboutiront à des réponses concrètes aux questions existentielles qui préoccupent tous.
 » Je vous encourage donc à aborder ces interrogations sans tabou pour faire de cette 10ème édition du Forum de Dakar celle de la maturité, celle du passage à l’acte, en rendant ce cadre de réflexion plus ouvert sur le monde, plus ancré dans les réalités des populations », a formulé le chef de l’État sénégalais sur l’ouverture de la 10e édition du Forum de Dakar sur la Paix et la Sécurité.
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