Un journaliste jette un regard sur le rôle du Maroc dans la gestion des flux migratoires

 Le journaliste sénégalais Mamadou Mouth Bane propose une lecture analytique du rôle du royaume chérifien dans la régulation des migrations vers l’Europe, dans son nouvel ouvrage intitulé “Gestion des flux migratoires en provenance de l’Afrique de l’Ouest – cas du Maroc”.

M. Bane met en lumière les facteurs déterminants de ce phénomène, tout en dénonçant les réseaux de trafics humains qui prospèrent autour de l’émigration irrégulière. Edité en janvier dernier par le “Carré Culturel”, ce livre de 150 pages offre une analyse approfondie des enjeux socio-économiques et politiques sous-tendant la migration.

L’auteur souligne que chaque année, des milliers de parcours de vie convergent vers l’Europe en passant par les pays du Maghreb que sont le Maroc, la Tunisie, l’Algérie ou encore la Libye. Il estime que si les frontières se ferment au Nord, le Maroc, pour sa part, invente un “nouveau modèle d’accueil, de prise en charge et de cohabitation”.

Dans la préface consacrée au livre, l’ancienne ministre auprès du ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, chargée des Sénégalais de l’extérieur, Annette Seck, souligne que l’auteur ne se contente pas de présenter les faits, mais situe le contexte encore ”plus large”. “Il offre une compréhension approfondie des défis complexes auxquels sont confrontés les migrants et les sociétés d’accueil”, écrit-elle.

La pauvreté, un facteur de flux migratoires

Parmi les facteurs des flux migratoires, l’auteur relève notamment la pauvreté et les conséquences sociales et humanitaires du changement climatique. Il cite également la situation sécuritaire liée aux attaques terroristes dans certains les pays d’Afrique de l’Ouest.

Les coups d’Etat récurrents, les crises liées à la question de l’emploi en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel, nourrissent “le désespoir des jeunes”, de sorte que “l’évolution de la migration suit la dynamique haussière de la démographie ouest africaine”, fait valoir l’auteur.

Pour lui, la politique de visa restrictive des pays de l’Union européenne (UE) pousse en partie les jeunes à risquer leur vie dans la migration irrégulière.

Mamadou Mouth Bane parle de façon détaillée et chiffrée de l’existence d’une ”véritable mafia” développée autour de la migration irrégulière, avec quelquefois des bateaux dont les passagers déboursent entre “460 mille à 590 mille FCFA”, pour traverser de l’autre côté de la méditerranée et rallier l’Espagne ou l’Italie.

Le Sénégal, comptant parmi les pays de transit, reçoit plusieurs candidats à la migration irrégulière issus des pays d’Afrique de l’Ouest ou de l’Est.

Des efforts dans la gestion des flux migratoires

“Les énormes efforts du Maroc pour la gestion des flux migratoires en provenance du Sahel, semblent être la meilleure référence aussi bien en Afrique du Nord, dans les pays de transit, qu’en Europe ou aux USA”, explique l’auteur.

Pour lui, la paix sociale, la stabilité politique et l’accès aux services sociaux de base, encouragent les jeunes à s’installer au Maroc.

Pour une meilleure gestion de la migration, le Maroc a créé des organes comme le Comité international des affaires des Marocains résidant à l’étranger (MRC) et des affaires de la migration. Il note que les autorités marocaines ont aussi décidé d’intégrer la composante migration dans les dispositions de la décision ministérielle portant organisation de l’année scolaire depuis les années 2018-2019.

Le Maroc s’est par ailleurs fixé pour objectif de lutter contre les trafics d’êtres humains et de limiter l’entrée d’immigrés irréguliers, tout en leur assurant un traitement ”humaniste et digne”. La gestion des flux migratoires touche les étudiants, les travailleurs et les investisseurs.

Selon lui, les grands chantiers en cours de réalisation dans ce pays, vont contribuer à effacer l’Europe de l’agenda des migrants subsahariens qui risquent désormais de faire du Maroc leur principale destination. “Le Maroc demain sera considéré comme le nouvel eldorado par les émigrés. Rabat doit s’y préparer dès maintenant”, prévient Mamadou Mouth Bane.

Il considère que l’Union européenne devrait engager des discussions sérieuses avec les pays émetteurs de migrants pour réguler les entrées massives et irrégulières.

Déconstruction des idées près conçues sur la migration

La migration et la libre circulation des personnes et des biens restent un droit pour tous, rappelle l’auteur. Il invite, dans un récit clair et bien structuré, à avoir un regard favorable sur la question migratoire, à travers une analyse rigoureuse des flux migratoires et de la stratégie marocaine dans ce domaine.

En prenant ce pays comme modèle de gestion des flux migratoires, il appelle les autres Etats à élaborer des politiques migratoires favorables à l’intégration des migrants.

L’ouvrage plante, par ailleurs, un décor sombre des trafics humains développés autour des flux migratoires. Il dénonce les bandes organisées et certains autres acteurs qui, selon lui, favorisent ce phénomène. Il n’a pas manqué de fustiger le regard porté sur les migrants par certains pays d’accueil, en appelant à la déconstruction des idées près conçues sur le migrant.

Le migrant contribue au développement économique de certains pays européens en acceptant des emplois que les autochtones refusent. Dans sa logique, le migrant n’est pas seulement un pauvre qui décide de quitter son pays en quête d’un meilleur vivre ailleurs. Il le perçoit surtout comme un ambitieux, désireux de changer à tout prix sa situation.

Pour Mouth Bane, le migrant est un facteur de stabilité et de développement socio-économique, non seulement pour son pays d’origine notamment sa famille, mais également pour le pays d’accueil. A travers des pistes de solutions que propose ce pays, l’auteur sensibilise et conscientise les Etats sur l’importance d’une bonne politique de gestion des flux migratoires.

Ce livre invite la jeunesse africaine à prendre conscience de la chance qu’elle et à porter son regard sur le développement du continent. C’est aussi une invitation pour les jeunes à rester dans leur pays et à créer des activités pouvant contribuer à développer leur continent, comme les font les autres.

L’ouvrage préconise par ailleurs les principes de réciprocité concernant la politique des visas d’entrée. Son auteur estime que les Etats africains devraient également appliquer le principe de la réciprocité des visas, estimant que les frontières ne doivent pas exister.

Le livre donne réfléchir sur la manière dont les Etats et les populations devraient appréhender le phénomène migratoire, d’examiner les avantages et désavantages liés aux déplacement massifs, en vue de développer des politiques y afférents.

Mamadou Mouth Bane est journaliste et directeur de publication du journal DakarTimes. Diplômé du Centre d’études diplomatiques de Dakar, il est auteur de plusieurs ouvrages “Les Sénégalais de Boko Haram”.

APS

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