Les avocats et proches de la militante antiraciste tunisienne Saadia Mosbah, emprisonnée depuis près de deux ans, ont réclamé sa libération lors de son procès jeudi à Tunis, invoquant « un dossier vide » et un état de santé dégradé.
La présidente de l’association M’nemty, 66 ans, et plusieurs autres membres sont accusés de blanchiment d’argent et d’enrichissement illégal.
Elle avait été en première ligne pour défendre les migrants provenant d’Afrique subsaharienne, après un virulent discours en février 2023 du président tunisien Kais Saied, dans lequel il dénonçait l’arrivée de « hordes de migrants clandestins » et un complot « pour changer la composition démographique » du pays.
Son avocate Ibtissem Jebabli a évoqué « un dossier vide et sans preuves ». « Les membres de l’association, les volontaires ont fait un rêve, ont créé M’nemty mais ce rêve est devenu un cauchemar », a-t-elle dit.
L’état de santé de Mme Mosbah est « très dégradé » tout comme son moral, a ajouté l’avocate, soulignant qu’elle avait été privée de sa pension de retraite et que son fils Fares avait perdu son travail à cause du procès.
Une demande de libération provisoire formulée par ses avocats en attente du verdict a été refusée par le tribunal, qui a fixé une prochaine audience au 19 mars, selon Monia El Abed, une autre avocate.
« Elle ne peut pas être bien » après deux ans d’attente, a confié à l’AFP son frère Slah Mosbah, un musicien connu en Tunisie, qui s’est plaint d’avoir été empêché d’entrer dans le tribunal. Plusieurs diplomates européens ont pu assister à l’audience.
Une quinzaine de manifestants étaient réunis devant le tribunal pour réclamer sa libération. « La solidarité n’est pas un crime », « Liberté pour Saadia », avaient-ils écrit sur des pancartes.
Elle est « innocente » et ce procès représente « une criminalisation du militantisme et de la société civile », a dénoncé auprès de l’AFP Romdhane Ben Amor, de l’ONG spécialisée dans les questions migratoires FTDES.
Il a rejeté l’accusation de blanchiment portée contre M’nemty, « une association qui a des fonds limités et est fondée sur le bénévolat ».
Selon lui, Mme Mosbah est victime d’un « certain narratif partagé sur les réseaux sociaux selon lequel il y aurait un envahissement de la Tunisie par les migrants dont l’association aurait été complice ».
Dans un communiqué, la représentante spéciale de l’ONU pour les défenseurs des droits Mary Lawlor a dit suivre « de près » l’audience, appelant « avec force » les autorités à la libérer.
AFP
