Trois personnes ont été condamnées lundi en France à de la prison ferme pour trafic d’êtres humains après avoir exploité et hébergé dans des conditions indignes une cinquantaine de travailleurs, souvent des migrants sans-papiers, lors des vendanges 2023 dans le prestigieux vignoble de Champagne.
Principale prévenue, la dirigeante d’une société de prestations viticoles, originaire du Kirghizistan, était également poursuivie pour travail dissimulé, emploi d’étrangers sans autorisation et avec une « rétribution inexistante ou insuffisante ». Elle a été condamnée par le tribunal de Châlons-en-Champagne (nord-est) à quatre ans de prison dont deux ferme avec mandat de dépôt.
Elle avait nié lors du procès, le 19 juin dernier, être à l’origine des conditions d’hébergement des vendangeurs, renvoyant la balle aux deux autres prévenus.
Les deux hommes, des trentenaires jugés pour avoir recruté les vendangeurs en région parisienne, ont quant à eux été condamnés à un an de prison ferme et respectivement deux ans et un an de sursis.
Des mois d’enquête avaient mis au jour des conditions d’hébergement et de travail sordides pour les migrants employés et permis d’identifier 57 victimes – en majorité des étrangers en situation irrégulière originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d’Ivoire ou encore du Sénégal.
Les vendangeurs, logés dans une maison en travaux et un hangar, dormaient sur des matelas gonflables à même le sol, avec des douches de fortune, des toilettes inutilisables et de nombreuses anomalies électriques.
Le tribunal a assez largement suivi les réquisitions présentées par le parquet lors du procès pour traite d’êtres humains, qui s’est déroulé le 19 juin.
Le président du tribunal a exigé la dissolution de la société de prestations viticoles de la principale prévenue et condamné une coopérative vinicole, également poursuivie, à une amende de 75.000 euros.
En septembre 2023, l’inspection du travail avait procédé à un contrôle de l’hébergement mis à disposition des vendangeurs par Anavim dans la localité de Nesle-le-Repons, au sud-ouest de Reims (nord-est), et constaté des conditions de vie portant « gravement atteinte » à leur sécurité, leur santé et leur dignité.
Cet hébergement a ensuite été fermé par la préfecture, qui y avait constaté « des literies de fortune », « l’état répugnant des toilettes, sanitaires et lieux communs » et des installations électriques dangereuses.
« Ils nous mettent dans un bâtiment abandonné, pas de nourriture, pas d’eau, rien du tout. Et puis on nous amène (…) pour faire des vendanges de 5H00 du matin jusqu’à 6H00 du soir », avait témoigné auprès de l’AFP Modibo Sidibe, l’un des vendangeurs, lors du procès. Une autre victime, Camara Sikou, avait expliqué au tribunal qui lui demandait comment ils avaient été traités: « Comme des esclaves ». (Afp)