La Commission électorale de Somalie a annoncé jeudi que l’élection présidentielle se tiendrait le 15 mai 2027, avec un an de retard, dans ce pays instable au paysage politique de plus en plus fragmenté, suscitant des craintes de nouvelles violences.
Cette réforme prévoit également l’élection du Parlement au suffrage universel – une mesure également contestée par l’opposition, et difficile à tenir dans un pays peinant à remettre sur pied un Etat central et toujours en partie contrôlé par les insurgés islamistes shebab.
Les députés et sénateurs somaliens étaient jusqu’ici désignés via un système indirect et clanique, dans lequel des personnalités reconnues de ces clans nommaient des délégués qui choisissaient à leur tour les parlementaires. C’est toutefois toujours l’Assemblée nationale et le Sénat, et non la population, qui choisissent le président.
Les législatives se tiendront le 15 avril 2027, suivies de la présidentielle le 15 mai prochain, a néanmoins fixé jeudi la Commission électorale. L’annonce a été rapidement condamnée par l’ex-président Mohamed Abdullahi Mohamed, surnommé « Farmajo » – un virulent opposant à HSM – qui a condamné un « processus électoral unilatéral » et une « menace dangereuse pour l’existence de l’État somalien », qui « mènera à une succession de guerres » dans le pays.
Un autre ex-président et fer de lance de l’opposition, Sheikh Sharif Sheikh Ahmed (au pouvoir de 2009 à 2012), a signalé avoir saisi la justice somalienne contre la réforme constitutionelle adoptée en mars. Dans un communiqué, il a averti qu’un « processus contesté pourrait déboucher sur des élections parallèles » et un « conflit civil ».
La prolongation de son mandat par HSM avait déjà provoqué en juin les premiers combats depuis des années à Mogadiscio entre des forces gouvernementales et de l’opposition.
– « Nouveau conflit » –
Dans la capitale, des habitants se montraient partagés. « Annoncer un calendrier électoral via un processus piloté par une seule partie et rejeté par l’opposition revient, en fait, à déclarer un nouveau conflit qui pourrait mener à la guerre », s’inquiète auprès de l’Afp Omar Said.
Ce calendrier est également de nature à élargir les divisions politiques entre Mogadiscio et les États fédérés, alors que l’État du Sud-Ouest est depuis plusieurs mois le théâtre d’affrontements entre les forces gouvernementales et des troupes alliées à un dirigeant régional évincé par Mogadiscio.
Baidoa, grande ville du Sud-Ouest, a connu plusieurs offensives d’ampleur menées par les partisans du gouverneur déchu Abdiaziz Laftagareen, après que l’armée l’a chassé du pouvoir en mars. M. Laftagareen figurait parmi les opposants les plus virulents à la réforme constitutionnelle.
Ses forces ont pris jeudi matin à l’issue d’affrontements le contrôle de Buurhakaba, district stratégique sur la route de Baidoa qui était sous le contrôle de l’armée fédérale, ont indiqué des habitants et des responsables des deux camps.
Ce conflit « illustre les risques liés à la tenue d’élections contestées », s’est inquiété auprès de l’AFP Muqtar Hussein, un habitant de Mogadiscio, espérant des élections « inclusives ».
– « Aucun accord » –
Le président somalien est également l’objet de l’hostilité croissante des puissants Etats fédérés du Puntland (nord-est) et du Jubaland (sud) – qui dénoncent une tendance centralisatrice du chef de l’Etat empiétant sur leurs pouvoirs.
« Il n’existe aucun accord politique pour organiser ces élections », a déploré l’analyste Samira Gaid. Le gouvernement est essentiellement composé de Mogadiscio et de « deux ou trois États membres alliés », a-t-elle expliqué à l’AFP, exprimant sa crainte que cela ne conduise à davantage de conflits.
Le gouvernement somalien s’est pour sa part félicité dans un communiqué d’une « étape importante pour (…) renforcer le système démocratique du pays », et a appelé « l’ensemble des acteurs politiques à participer aux concertations de bonne foi » pour des « élections pacifiques ».
Depuis 2012 et la fin de huit ans d’autorité « de transition », la Somalie, longtemps privée d’Etat central après la chute en 1991 du dictateur Siad Barre, est habituée aux élections reportées et aux mandats prolongés.
Le 15 mai 2022, HSM avait remporté une élection présidentielle organisée avec plus d’un an de retard. Il avait déjà vu son précédent mandat (2012-2017) prolongé de plusieurs mois, avant d’être finalement battu par « Farmajo ».
AFP
