« Je sais bien que l’attente des supporters, aussi bien sénégalais et marocains que tous les fans africains, est très longue », a reconnu face à la presse Matthieu Reeb, directeur général du TAS, visant « une décision motivée dans les plus brefs délais »: « ça devrait durer quand même quelques jours, voire quelques semaines », a-t-il averti.
Aucune des parties n’a commenté le fond de l’affaire: les représentants marocains sont sortis sans un mot, alors que le secrétaire général de la Fédération sénégalaise, Abdoulaye Sow, attend désormais « que le droit du sport soit dit et que ce match là soit plié, pour la dignité et pour l’honneur de l’Afrique ».
– Trophée toujours sénégalais –
Le 18 janvier dernier à Rabat, le Sénégal avait été sacré champion d’Afrique en dominant le Maroc (1-0) au bout de la prolongation et du chaos: contestant un penalty accordé aux Marocains dans le temps additionnel, finalement manqué par Brahim Diaz, une grande partie des Sénégalais avaient quitté le terrain, et n’y étaient revenus qu’un quart d’heure plus tard.
Saisi par la fédération marocaine, le jury d’appel de la Caf avait prononcé le 17 mars la défaite par forfait du Sénégal, sur un score de 3-0, en se référant aux articles 82 et 84 du règlement de la Can qui interdisent de « quitter le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre ».
La Fsf avait dénoncé « le braquage administratif le plus grossier de l’histoire de notre sport », présentant même le trophée aux supporters de sa diaspora, fin mars au Stade de France, avant de se tourner vers le Tas.
Selon Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l’Université de Lausanne, le jury d’appel de la Caf a fait une « lecture extrêmement stricte » du règlement de la Can, qui ne tient aucun compte du fait que l’arbitre congolais de la finale, Jean-Jacques Ndala, a laissé la rencontre reprendre après le retour des Sénégalais.
– « Préserver l’intérêt des compétitions » –
Or la « Loi du jeu » n°5.2 de l’International Board, qui s’impose à tous les acteurs du football, prévoit que « les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d’un but et le résultat du match ». Echo encore plus direct au scénario de la finale, « l’arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu » même s’il réalise « qu’elle est incorrecte », ajoute l’Ifab.
Cette règle est renforcée par la « doctrine du terrain de jeu », consacrée de longue date par la jurisprudence du Tas: à moins de prouver que l’arbitre est corrompu ou de mauvaise foi, ses décisions sportives ne peuvent être remises en cause.
« L’objectif est de préserver l’intérêt des compétitions, décrypte Thibault Ulrich. Leur résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters. »
Parallèlement, le gouvernement sénégalais avait réclamé le 18 mars l’ouverture d’une enquête internationale « pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes » de la Caf. En réponse, l’institution panafricaine avait loué « l’indépendance » de ses instances disciplinaires.
Sans jamais en expliquer la raison, la confédération a néanmoins limogé, quinze jours avant la décision d’appel, le juriste djiboutien Yassin Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l’intégrité de ses procédures.
AFP
