Le gouvernement guinéen a plafonné mercredi les prix des bouteilles d’eau, qui se sont envolés depuis qu’il a interdit les sachets individuels d’eau minérale, causant même des pénuries par endroits.
Les nouveaux tarifs sont applicables à compter de mercredi, selon un communiqué du ministère de l’Industrie et du Commerce.
Le 20 septembre était entrée en vigueur dans tout le pays l’interdiction de la fabrication, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des emballages et objets en plastique à usage unique. La mesure concerne notamment les sacs en plastique, mais aussi les pailles, gobelets, couverts, assiettes et barquettes.
Le texte interdit aussi leur déversement dans les rues, les lieux publics, les réseaux d’assainissement et les cours d’eau.
L’objectif des autorités est de « promouvoir la salubrité publique », alors que la capitale Conakry se trouve face à un grave problème de gestion des déchets.
Un des principaux produits visés par l’interdiction est le sachet individuel d’eau minérale de 40 centilitres, commercialisé dans de nombreux pays africains. Il était consommé par une grande fête des Guinéens en raison de son prix abordable : 500 francs guinéens (5 centimes d’euros).
Or son interdiction a provoqué une ruée vers les bouteilles d’eau, dont les stocks se sont épuisés et les prix ont explosé.
« C’est la cinquième boutique dans laquelle je vais, et toujours pas d’eau… », a déploré Souleymane Barry, mercredi à Conakry. C’était l’heure de la pause déjeuner pour cet employé du secteur privé. « Si je ne peux pas boire, je ne vais pas manger », s’est-il résigné.
Le gouvernement a pris un décret plafonnant notamment à 25.000 francs guinéens (2,5 euros) le prix au détail du paquet de six bouteilles de 1,5 litre. Les commerçants sont tenus d’afficher les prix et les transactions en gros doivent être accompagnés d’une facture détaillée.
L’Union pour la défense des consommateurs de Guinée a appelé « à un moratoire d’un an sur l’application de cette mesure » interdisant les objets en plastique à usage unique. « Il faut d’abord trouver des alternatives viables », a souligné M’Bany Sidibé, son président.
Souleymane Fofana, président de l’Union des producteurs d’eau minérale de Guinée, regrette que les industriels n’aient « pas anticipé » l’interdiction du sachet d’eau, car « les capacités de production d’eau en bouteille sont pour le moment insuffisantes et on subit une pénurie de plastique pour la mise en bouteille ».
Plusieurs acteurs s’alarment également des conséquences sanitaires des pénuries.
« Les consommateurs qui n’ont plus accès aux sachets d’eau, dont la qualité était globalement correcte, boivent désormais l’eau des fourrages ou l’eau des puits (…), souvent impropre à la consommation », s’inquiète le médecin Ben Youssouf Keita.
Il craint une augmentation des maladies comme la diarrhée, la dysenterie et la typhoïde. « Il faudrait qu’au moins le gouvernement lance une grande campagne de prévention pour inciter la population à faire bouillir l’eau des fourrages ou des puits, pour éliminer les bactéries », dit-il.
AFP

