L’Égypte a démenti mardi que des journalistes d’investigation d’une plateforme indépendante, détenus depuis plusieurs jours, ont été torturés ou maltraités, dénonçant des allégations « infondées », selon un communiqué.
Lundi, l’ong Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR) avait affirmé que les six journalistes de la plateforme d’investigation Matsadaash arrêtés la semaine passée avaient été l’objet de « diverses formes de torture et de mauvais traitements » en détention.
Il s’agit d’une « tentative, de la part des personnes concernées, d’échapper aux accusations portées contre elles », a indiqué le ministère de l’Intérieur dans le communiqué.
Les autorités accusent notamment la plateforme d’opérer sans licence et d’avoir des liens avec les Frères musulmans, organisation interdite en Égypte.
Le ministère de l’Intérieur a affirmé en outre que son directeur Abdelrahman Mansour avait fui en dehors du pays et qu’il utilisait la plateforme pour diffuser « de fausses informations » en échange de fonds provenant de l’étranger.
M. Mansour a rejeté ces accusations. « Nous n’avons aucun lien avec les Frères musulmans (…) Notre engagement en faveur d’un journalisme indépendant reste identique », a-t-il déclaré au Comité pour la protection des journalistes (CPJ).
Créée en 2018 et spécialisée dans le fact-checking, Matsadaash (« N’y crois pas » en arabe) dit être engagé dans une démarche « fondée sur la vérification des informations et la rectification des déclarations trompeuses, quelle qu’en soit la source ».
La plateforme remet souvent en cause les déclarations des autorités et d’organismes gouvernementaux.
– « Très mauvais état » –
Plus de 80 organisations régionales et internationales, dont Human Rights Watch (HRW), Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), ont condamné l’arrestation de six journalistes et ont demandé leur libération immédiate.
Selon Eipr, la majorité des journalistes de la plateforme ont fait état dimanche, devant le parquet de la sûreté de l’État, de passages à tabac, de décharges électriques ou de menaces envers eux ou leurs familles.
Le lieu de détention des journalistes est resté inconnu pendant cinq jours après leur arrestation, avant que les interrogatoires ne commencent dimanche, a indiqué l’ong.
Selon l’Eipr, un seul journaliste, Mohamed Ashraf Abu Omeira, a été placé en détention pendant 15 jours dans l’attente de l’enquête. Il est poursuivi pour « l’appartenance à un groupe terroriste, la diffusion de fausses informations et l’utilisation d’une plateforme de réseaux sociaux à cette fin ».
Les enquêtes concernant les autres journalistes se poursuivent.
Eman Ouf, membre du Syndicat des journalistes égyptiens qui a assisté à l’interrogatoire du journaliste Abdallah Qadry, a déclaré qu’il était dans un « très mauvais état psychologique et physique ».
« Il a répété à plusieurs reprises aux procureurs qu’il n’avait aucun lien avec les Frères musulmans », a déclaré Eman Ouf à l’Afp.
Elle a ajouté que M. Qadry, sous « pression psychologique », avait affirmé avoir été contraint de faire des aveux.
Samedi, des dizaines de journalistes égyptiens ont organisé un rassemblement au Caire pour demander la libération de leurs confrères, dénonçant la plus grave atteinte portée à un média indépendant dans le pays depuis des années.
Des organisations de défense des droits humains accusent Le Caire de détenir un grand nombre de dissidents et prisonniers d’opinion. Les autorités démentent, affirmant que ces détenues relèvent du droit pénal.
Selon l’Eipr, 26 personnes sont actuellement détenues en Égypte pour des faits liés à l’exercice du journalisme.
