Législatives au Maroc : la coalition sortante conserve la main malgré une forte abstention

Les trois partis formant la coalition gouvernementale sortante au Maroc ont dominé les législatives de mercredi, un scrutin marqué toutefois par un taux de participation de 38%, au plus bas depuis près de vingt ans, et une remontée des islamistes.

L’abstention, surtout chez les jeunes, était l’un des principaux enjeux de ces élections qui se sont tenues moins de deux mois après la crise migratoire de Ceuta.

L’afflux massif de migrants, en majorité des Marocains, vers l’enclave espagnole a exposé au grand jour le manque de perspectives d’une partie de la jeunesse, alors même que le royaume affiche une croissance soutenue et multiplie les grands chantiers en vue du Mondial-2030, qu’il co-organise avec l’Espagne et le Portugal.

Le Parti authenticité et modernité (PAM) a remporté 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, selon les résultats annoncés à l’aube jeudi.

Sans majorité absolue, il devra former une nouvelle alliance avec les autres partis, mais le futur chef du gouvernement sera issue de ses rangs.

C’est le roi Mohammed VI qui choisira la personne chargée d’ancien un exécutif de coalition pour cinq ans, même si les grandes orientations des secteurs stratégiques demeurent l’apanage du monarque.

– Pied et politique ? –

Parmi les noms qui circulent avec insistance, figure celui de Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Budget mais surtout président de la Fédération royale marocaine de football.

L’autre visage du Pam est Fatima Ezzahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, pressée par la presse locale pour devenir la première femme à la tête d’un gouvernement dans l’histoire du pays.

Pendant la campagne, le parti a promis une croissance moyenne de 5% par an (elle est attendue à 4,4% en 2026), de maintenir l’inflation à 2% et de créer au moins un million d’emplois durant son mandat.

Le Pam a été fondé en 2008 par l’actuel conseiller du roi, Fouad Ali El Himma, pour constituer un contrepoids aux islamistes.

Ce proche de Mohammed VI s’en est cependant retiré dans le contexte du Printemps arabe, alors qu’il était accusé par ses détracteurs de chercher à asseoir l’hégémonie du parti sur la vie politique marocaine.

Le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont est issu l’actuel chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, arrive lui deuxième avec 66 députés, perdant une trentaine de sièges par rapport aux dernières législatives de 2021.

Le Parti de l’Istiqlal, également présent dans l’actuelle coalition, est troisième avec 65 sièges.

Fait marquant, le Parti de la justice et du développement (PJD, opposition islamiste), qui a notamment fait campagne sur la lutte contre la corruption, a quadruplé le nombre de ses sièges en en remportant 54, contre 13 précédemment.

Dans la nuit, son chef, l’ancien chef de gouvernement Abdelilah Benkirane, a déclaré des irrégularités présumées dans des bureaux.

Les autorités n’ont pas encore réagi à ces déclarations.

– « Deux vitesses » –

Le Pjd a mis en avant dans son programme le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes et l’amélioration des services publics comme la santé.

Autant de sujets qui ont sous-tendu les événements de Ceuta mais aussi, à l’automne 2025, le mouvement GenZ 212. Né sur les réseaux sociaux, ce collectif aux initiés anonymes s’était mobilisé autour des défaillances des systèmes publics de santé et d’éducation avant de s’essouffler.

Signe de la défiance envers la classe politique, il s’était adressé directement au roi et avait vivement réagi au chef du gouvernement Aziz Akhannouch.

Pendant les rassemblements de l’an dernier, des jeunes avaient répété à plusieurs reprises ce slogan à l’envi : « Nous voulons des hôpitaux, pas seulement des stades ».

Le royaume a en effet engagé de vastes chantiers d’infrastructures : construction de nouveaux stades, extension du réseau à grande vitesse et modernisation de plusieurs aéroports.

Mais les disparités sociales et territoriales restent fortes dans un royaume où le chômage frappe durablement les jeunes et où même le roi Mohammed VI a décrété un développement « à deux vitesses ».

AFP

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