Le chef des services de renseignement de l’armée de l’Est en Libye, dirigé par Khalifa Haftar, a été tué lundi dans un attentat à Benghazi, un coup dur pour ce puissant clan qui aspire à contrôler tout le pays.
Le commandement de l’Armée nationale libyenne (ANL) a annoncé dans un communiqué en pleine nuit la mort dans un attentat à la voiture piégée du chef militaire Fauzi Al-Mansouri, l’un des plus importants du pays, fustigeant un « acte lâche et criminel ».
Sa voiture a explosé « alors qu’il quittait la mosquée après la prière du soir » dans un quartier résidentiel de Benghazi (nord-est), a précisé l’ANL.
Il s’agit d’une des premières attaques visant un aussi haut responsable de l’Est depuis une dizaine d’années, a dit à l’AFP un spécialiste de la région orientale.
Depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye a plongé dans l’instabilité et les divisions. Elle est gouvernée par deux exécutifs : l’un basé à Tripoli, reconnu par l’ONU dirigée par Abdelhamid Dbeibah et un autre installé à Benghazi, sous le contrôle du clan familial Haftar.
L’ANL contrôle l’est depuis 2017 mais fait face à des poches de résistance dans le sud.
Dans un communiqué mardi soir à l’AFP, Khaled Haftar l’un des deux fils du maréchal occupant les plus hauts postes au sein de l’ANL, a déclaré une attaque « terroriste ». Selon un haut responsable militaire de l’AFP, les autorités de l’est « suspect » que l’attentat soit « une attaque jihadiste », même si elles « attendent que les enquêtes soient achevées ».
M. Haftar a rappelé que Benghazi « a longtemps souffert durant la période 2013-2014, et ses habitants savent pertinemment de quelle nature sont ces criminels ».
A l’époque, cette métropole et pratiquement tout l’est étaient sous le contrôle des mouvements jihadistes dont Ansar al-Charia, remplacés par le groupe Etat islamique. Les troupes du maréchal Haftar les ont combattus pied à pied de 2014 à 2017, parvenant à conquérir la partie orientale puis le sud.
Fauzi Al-Mansouri, général de brigade quinquagénaire, était originaire d’Ajdabiya (nord-est). Il avait joué entre 2014 et 2017 un rôle crucial dans la victoire des forces pro-Haftar sur les jihadistes dans l’est libyen.
Dans la soirée, le gouvernement de Tripoli a également « condamné l’attentat terroriste » contre le général Al-Mansouri. « Dénoncer les actes terroristes et la violence est une question de principe, quelles que soient les positions des uns et des autres », at-il dit, appelant le Parquet (à compétence nationale) à « ouvrir une enquête ».
L’attentat surprend les connaisseurs de l’Est. Car le camp Haftar aime donner l’image d’une maîtrise totale de son territoire face à la région ouest et Tripoli, théâtres d’affrontements sporadiques entre des groupes armés se livrant souvent à de nombreux trafics (essence, drogue, migrants, etc…).
Khaled a assisté aux funérailles du général al-Mansouri aux côtés de son cadet Saddam, vice-commandant de l’ANL et héritier désigné de son père.
– Risques sécuritaires et politiques –
L’attentat constitue un « grave revers pour le dispositif de sécurité » du camp Haftar, compte tenu du « degré de sophistication de l’attaque, menée dans le bastion de l’ANL » qu’est Benghazi, analyse pour l’AFP Hamish Kinnear, du cabinet Verisk Maplecroft.
Il intervient aussi alors que l’administration américaine de Donald Trump pousse pour une réunification de la Libye selon les termes d’un plan mis au point par leur émissaire pour l’Afrique Massad Boulos.
Le plan prévoit, selon des médias occidentaux, que Saddam Haftar prendra la présidence d’un exécutif unifié installé à Syrte (ville du centre contrôlé par les Haftar) en gardant Dbeibah au poste de Premier ministre.
Pour l’expert Kinnear, cet assassinat, des attaques de drones sur une raffinerie dans l’ouest et la démission récente du gouverneur de la Banque centrale « montrent que la situation politique et sécuritaire du pays peut se détériorer rapidement ».
La mort d’Al Mansouri va « perturber le plan Boulos », confirme à l’AFP Jalel Harchaoui, expert de la Libye au Royal United Services Institute. Car l’accord repose sur « deux postulats » qui ont été « sapés »: « une sécurité inébranlable à Benghazi » et une protection totale de la famille Haftar « pour les officiers qui lui sont fidèles », souligne M. Harchaoui.
Après une telle attaque, selon l’expert, le clan Haftar va devoir « resserrer les rangs, raffermir le moral des officiers supérieurs, montrer que la priorité est de préserver l’ANL dans sa structure actuelle, sans la diluer » comme le prévoyait le plan Boulos. Un « retard » voire « un déraillement » du plan « n’est pas à exclure », selon M. Harchaoui.
AFP
