L’affaire intervient alors que le président Bassirou Diomaye Faye a rompu avec son ancien mentor et Premier ministre Ousmane Sonko, qui dirige le parti Pastef, auquel les deux hommes appartenaient et qui a porté M. Faye au pouvoir en 2024. Les tensions sont désormais vives entre les deux hommes.
Officialisant cette rupture très médiatisée, M. Faye a lancé fin juillet son nouveau parti politique.
Jeudi, l’influenceur Mandoumbe Diop, connu sous le nom de Lamignou Darou et suivi par plus d’un demi-million de personnes sur le réseau social TikTok, a été condamné à trois mois de prison ferme.
Magueye Diaw, connu sous le nom d’Oustaz Thiep, et Moustapha Ndiaye, connu sous le nom de Ndiaye Touba, ont chacun été condamnés à deux mois de prison ferme.
Les trois ont également été condamnés pour « discours contraire aux bonnes moeurs ». Ils ont aussi tous écopé d’une amende de 500.000 francs CFA (762 euros).
L’affaire a été déclenchée par une vidéo publiée sur TikTok et enregistrée alors que les trois influenceurs ont éventuellement participé à un récent rassemblement religieux d’une localité du pays.
Dans cette vidéo, les trois hommes discutent et évoquent les prières qu’ils disent avoir faites lors du rassemblement. Ils disent avoir prié pour que « le plus grand traître du Sénégal soit atteint de paralysie », qu’il soit atteint d’un « AVC », ou « qu’il meure ».
« La manière importe peu. Nous voulons juste qu’il parte. Que ce soit par paralysie, maladie ou quoi que ce soit », dit lors de cette séquence Lamignou Darou.
Bien que le nom du chef de l’État ne soit jamais cité, les propositions ont été interprétées par le tribunal comme visant directement le président Faye.
Réagissant auprès de l’AFP à la condamnation de ses clients, l’avocat Abdy Nar Ndiaye a fustigé un « précédent dangereux pour la justice ».
« Nous sommes éberlués par cette décision, car nous estimons qu’il n’y a aucune infraction pénale », at-il dit. « Nos clients eux-mêmes l’ont dit à maintes reprises : les propositions en question n’ont pas été dirigées contre le président de la République ».
« Il n’y a pas de propositions outrageants ou discourtois portés à l’encontre du président de la République, et aucunement son nom n’a été cité une seule fois; alors comment se fait-il qu’on puisse retenir le délit d’offense au chef de l’État ? », at-il considéré.
Pour l’avocat, il s’agit dans cette vidéo « de comédie satirique » dans laquelle les trois influenceurs « discutaient entre amis sur un thème, la trahison ».
Pour l’avocat, « la démocratie sénégalaise telle qu’elle est aujourd’hui n’autorise pas qu’on puisse arrêter des gens parce qu’ils auraient entretenu une comédie satirique sur nos personnalités politiques, qu’ils (les trois influenceurs) n’ont même pas désignés ».
Les avocats des trois influenceurs ont déclaré qu’ils feraient appel de la décision.
AFP