D’Arsène Wenger au secrétaire général Mattias Grafström, des voix s’élèvent jusqu’au sein de la Fifa pour prendre leurs distances avec le président Gianni Infantino, principal défenseur d’un projet finalement avorté d’ouverture du Mondial aux investisseurs privés, et candidat à sa réélection en mars.
Le Français, à la Fifa depuis 2019, dit dans un communiqué « fermement croire à une Fifa indépendante, qui sert le football avec engagement, transparence et intégrité ».
« Je n’étais pas impliqué dans ce projet dont j’ai appris l’existence dans la presse », ajoute l’ancien entraîneur emblématique d’Arsenal, qui est également conseiller technique au sein de l’Ifab, l’instance qui régit les lois du foot.
Présenté à la surprise générale mardi dernier après qu’il a été révélé par la presse, le projet défendu par Infantino, qui a toujours affirmé sa volonté de « libérer le potentiel commercial » du football, a finalement été retiré dans la nuit de vendredi à samedi face à l’opposition de nombreux acteurs du football, dont la confédération européenne (UEFA).
– « Les individus passent » –
Wenger n’est pas le seul au sein de l’instance qui gère le foot mondial à avoir pris ses distances avec ce projet, mais aussi avec Infantino, y compris parmi son entourage.
Dans un courrier envoyé mardi aux salariés de la Fifa et consulté par l’AFP, le secrétaire général de l’instance Mattias Grafström a regretté « une série d’événements tristes et condamnables », qui ont « heureusement abouti à l’abandon permanent » du projet.
« Les individus, les moments d’instabilité et les épisodes malheureux passent », souligne Grafström, ancien chef de cabinet d’Infantino lors de l’accession de ce dernier à la présidence en 2016, et qui est devenu secrétaire général de l’instance en 2024.
« L’institution, sa mission et sa responsabilité envers le football continu », ajoute-t-il.
Avant lui, un autre proche d’Infantino avait dit s’opposer « catégoriquement » à ce projet : son conseiller principal Carlos Cordeiro, lui-même ancien banquier d’affaires. Il a démissionné vendredi, jugeant que le projet était « une mauvaise chose pour l’avenir à long terme du jeu ».
Cette contestation au sein même de la Fifa vient s’ajouter aux pressions extérieures, venant notamment de la puissante UEFA mais aussi de la Concacaf (confédération nord-américaine et des Caraïbes), qui après avoir torpillé le projet de FFE, ont concerné directement Infantino.
– L’UEFA envisage des poursuites –
La Concacaf a ainsi demandé la semaine dernière une « mise à plat complète » de la gouvernance du président de la Fifa, alors que l’UEFA, qui avait brandi la menace d’un boycott des Coupes du monde pour avoir gain de cause, a dit avoir « perdu confiance » en Infantino.
Dans une lettre envoyée vendredi à la Fifa et consultée par l’AFP, l’UEFA « notifie probablement qu’elle envisage activement d’engager une action en justice ».
Dans ce mais, l’instance européenne demande d' »identifier, localiser et conserver tous les documents et informations stockées électroniquement » au sujet de la FFE, afin de ne pas détruire ou modifier d’éventuels éléments pouvant alimenter une procédure judiciaire.
Au sein de nombreux clubs européens, la grogne monte également à propos de la Coupe du monde des clubs 2025 élargie à 32 participants, un souhait d’Infantino. Un mécanisme de solidarité prévoit de distribuer de l’argent aux clubs non participants : une manne pas encore versée.
La prochaine édition, prévue en 2029, pourrait être menacée : aucun accord n’est pour l’instant prévu entre la Fifa et les clubs pour libérer les joueurs, et aucun ne verra le jour si le statu quo est préservé à la Fifa, selon une source dirigeante du foot à l’AFP.
Selon cette même source, le sentiment en Europe est qu’au-delà de la personne d’Infantino, il faut « un changement structurel » de la gouvernance de la Fifa.
Hors d’Europe, le prince Ali Al Hussein, président de la fédération jordanienne de football, a publié mardi soir un communiqué cinglant sur X, accusant Infantino de « chantage ».
L’ancien candidat malheureux à la présidence de la Fifa en 2016 dresse la liste des problèmes auxquels sa petite fédération a été confrontée lors du dernier Mondial (refus de visa, taxes…) et affirme qu’on lui a dit « oralement que si je soutenais Infantino, cela contribuerait grandement à aider notre fédération ».
« Toute cette situation s’apparente à du chantage et nous refusons d’y céder », conclut le prince.
Malgré ces pressions, Infantino est loin d’avoir perdu la partie pour le scrutin de mars 2027 à Rabat, où il est pour l’instant le seul candidat déclaré à sa réélection.
L’Italo-Suisse de 56 ans a besoin d’une majorité des 211 fédérations membres pour décrocher un nouveau et dernier mandat de quatre ans. Jusqu’ici, seules quatre fédérations, toutes européennes (Finlande, pays de Galles, Serbie, Suède) lui ont obligatoirement retiré leur soutien.
AFP
