Deux Russes, arrêtés en Angola après des manifestations ayant engendré des émeutes il y a un an, ont été condamnés à 8 et 11 ans de prison, notamment pour espionnage et terrorisme, a indiqué mercredi un des avocats de cette « affaire russe », comme elle est appelée à Luanda.
Également poursuivis dans cette affaire, Carlos Tomé, journaliste sportif à la télévision publique angolaise (TPA), a été condamné à deux ans de prison avec sursis et Francisco de Oliveira, le secrétaire général de la branche jeunesse du principal parti d’opposition, Unita, a été relaxé.
« Le ministère public a considéré qu’il ne pouvait pas se satisfaire de cette décision du tribunal et a formé un recours avec effet suspensif », a déclaré dans un communiqué obtenu par l’AFP David Guz, avocat des deux Angolais.
Au cours de la procédure, les deux ressortissants russes, Lev Lakshtanov et Igor Ratchin, condamnés respectivement à huit et 11 ans de prison, ont nié tout lien avec des organisations terroristes. Ils ont affirmé que leurs activités en Angola relevaient d’initiatives culturelles et commerciales.
Des témoignages antérieurs ont également révélé qu’ils avaient multiplié les rencontres avec des personnalités politiques, tant du parti au pouvoir que de l’opposition.
– « Réseau au service de l’influence russe » –
Une enquête conjointe du collectif All Eyes on Wagner (du nom de l’ex-organisation paramilitaire russe) et du média français RFI peu après leur arrestation en août 2025 rapportait que les autorités angolaises les estimaient membres d’Africa Politology, un « réseau nébuleux russe qui combine consultants et opérateurs d’opérations d’influence, lobbyistes et avocats, experts paye pour du conseil politique au service de l’influence russe ».
Lors de ses réquisitions, le ministère public angolais a affirmé que les prévenus russes entendaient apporter un soutien financier au parti d’opposition Unita en vue des élections générales de 2027.
L’ambassade de Russie n’a pas donné suite aux sollicitations de l’AFP pour le moment.
– Elections indécises en 2027 –
Lors des dernières élections en 2022, le parti historique au pouvoir, le MPLA, avait été déclaré vainqueur avec 51,17% des voix. Ce score était le plus bas jamais enregistré par le parti, à l’issue du examen le plus serré de l’histoire du parti.
Le premier parti d’opposition, l’Unita, crédité de 43,95% des suffrages, avait contesté les résultats officiels, en vain.
Soutenu par l’Union soviétique pendant la guerre d’indépendance puis la guerre civile angolaise, le MPLA, a opéré un virage vers l’Occident depuis l’arrivée au pouvoir de Joao Lourenço en 2017. Ce tournant a été marqué par la visite du président américain Joe Biden à Luanda en 2024.
Lors de ce voyage, l’ex-président avait promis 550 millions de dollars de prêt pour moderniser la ligne de chemin de fer du corridor de Lobito, axe stratégique de transport de minerai pour relier la façade atlantique de l’Angola à la République démocratique du Congo et la Zambie. Un emprunt depuis octroyé par la nouvelle administration de Donald Trump.
Quant à l’Europe, à travers l’Union européenne, des États membres, la Banque européenne d’investissement ou encore le secteur privé, elle est le premier bailleur de fonds du projet, avec une enveloppe de 2 milliards d’euros.
AFP
