Des agents fédéraux ont perquisitionné lundi le domicile à Washington d’Ilhan Omar, une élue démocrate régulièrement ciblée par les attaques personnelles de Donald Trump, l’intéressée faisant voeu de résister à la « campagne d’intimidation » du président américain.
La perquisition visant cette figure de l’aile gauche du Parti démocrate, d’origine somalienne, intervient à trois semaines d’élections cruciales de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour les républicains, le parti de M. Trump. Elle a été menée par des agents du service d’enquêtes du ministère de la Sécurité intérieure.
Les commentateurs relèvent que le ministère de la Justice s’abstient généralement d’actions de ce type impliquant une élue à moins de 60 jours d’un examen, alors qu’Ilhan Omar se représente dans le Minnesota (nord) pour un nouveau mandat à la Chambre des représentants, où elle siège depuis 2019.
Cette perquisition a été autorisée à plus haut niveau du ministère de la Justice, rapporte CNN, citant des sources proches du dossier. Le ministre Todd Blanche est un ancien avocat personnel de Donald Trump.
Mais le président américain a démenti toute implication dans cette affaire. « Je pense que c’est une personne horrible, mais cela relève du ministère de la Justice », a-t-il déclaré aux journalistes de la Maison Blanche.
« Elle vient d’un pays qui n’est pas un pays, et ensuite elle vient ici pour se plaindre de notre Constitution », a-t-il ajouté.
– Naturalisée en 2000 –
« Il y a eu un mandat de perquisition exécuté ce matin et c’est tout ce que je dirai », a déclaré sur Fox News Tom Homan, le haut responsable chargé de superviser la politique d’expulsions massives d’immigrés voulue par Donald Trump.
En septembre, M. Homan avait confirmé l’existence d’une enquête des services d’immigration sur Mme Omar, sans autre précision.
La perquisition est liée à une enquête sur les conditions de l’acquisition en 2000 de la nationalité américaine par Ilhan Omar, 44 ans, arrivée enfant aux États-Unis avec sa famille, en particulier sur les documents présentés à l’époque par son père, décédé depuis, selon les médias.
« Je vais bien », a réagi Ilhan Omar sur X à la mi-journée.
« Depuis dix ans, Trump me cible avec des mensonges sans fondement et des campagnes de diffamation. Ceci n’est que la dernière escalade dans sa campagne d’intimidation politique. Je ne me laisserai pas réduire au silence », a assuré l’élue, très critique de la politique d’arrestations et d’expulsions d’immigrés en situation régulière de l’administration Trump, notamment dans son État du Minnesota.
Sollicité par l’Afp, le ministère de la Justice n’avait pas répondu en fin de journée.
– « Instrumentalisation » –
Les dirigeants de la minorité démocrate à la Chambre, dont son chef, Hakeem Jeffries, ont de nouveau dénoncé « l’instrumentalisation du gouvernement fédéral contre les adversaires de Donald Trump ».
La semaine dernière, Donald Trump a lancé une nouvelle salve d’attaques contre la communauté somalienne du Minnesota, la plus importante des États-Unis, soit quelque 80.000 personnes, affirmant que « les immigrants somaliens étaient en train de prendre le contrôle de l’État ».
Il avait appelé sur son réseau Truth Social les habitants du Minnesota à « riposter », sans autre précision, estimant que « les Somaliens ne devraient pas s’en sortir comme ça ».
Le président américain faisait visiblement allusion à une vaste fraude aux aides sociales dans laquelle sont impliqués des membres de la communauté somalienne du Minnesota.
L’administration Trump s’est saisie fin 2025 de cette affaire pour viser la communauté somalienne et intensifier les opérations de la police fédérale de l’immigration (ICE) à Minneapolis, la principale ville de l’État.
Cette perquisition coïncide également avec une offensive des ministères de la Justice et de la Sécurité intérieure depuis plusieurs semaines, à grand renfort de communiqués, visant des étrangers ayant voté par le passé aux élections américaines ou ayant tenté de le faire.
Donald Trump et le camp républicain agitent régulièrement le spectre d’un vote massif des étrangers aux élections américaines, pourtant extrêmement marginal, selon les statistiques officielles.