Les jihadistes du JNIM, leurs alliés de la rébellion touareg, l’armée malienne et ses supplétifs russes de l’Africa Corps ont « commis de graves abus contre des civils » depuis les attaques sans précédent menées en avril contre la junte malienne, a dénoncé l’ONG Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué consulté lundi par l’AFP.
Selon HRW, les affrontements – ayant opposé près de Bamako et dans plusieurs autres villes le JNIM allié au FLA à l’armée malienne et ses supplétifs russes de l’Africa Corps – « ont tué 13 civils et blessé au moins 25 autres » le 25 avril à Gao et Kidal, dans le nord du pays. « J’ai été touché par des balles à l’épaule droite et à la cuisse gauche », a raconté à HRW un homme de 38 ans à Kidal, lorsque les combattants du JNIM et du FLA « ont attaqué la base militaire » et « pillé le marché de la ville », tandis que « les forces maliennes et de l’Africa Corps ripostaient. » « Je ne sais pas qui m’a tiré dessus parce que les coups de feu venaient de toutes les directions, mais je sais que des soldats m’ont évacué vers l’hôpital de Gao par hélicoptère », a-t-il ajouté.
– « Bruit venant du ciel » –
Les jihadistes du JNIM, qui bloquent également depuis fin avril plusieurs axes essentiels menant vers la capitale, « ont incendié plus de 40 véhicules civils en route pour Bamako » entre le 6 et le 21 mai et « exécuté publiquement un homme dans la ville de Tonka, dans le nord du pays », affirme HRW. « Nous avons récupéré son corps vers 23 heures sur la place publique, avec une balle dans la tête », a dit à l’ONG un homme de 45 ans.
HRW accuse également l’armée malienne d’avoir « mené de manière abusive des opérations de contre-insurrection à l’encontre des communautés peules dans le centre du Mali, tuant 38 civils, dont 23 enfants » entre le 14 et le 17 mai. « L’armée malienne a procédé à deux frappes de drones présumées dans le centre du pays, dans les villages de Guimbé le 25 avril, tuant 12 enfants et adolescents, et de Tené le 17 mai, tuant 10 hommes et femmes », dénonce également l’ONG. « J’ai entendu un bruit venant du ciel puis une explosion; ensuite il y a eu des cris partout », a affirmé à l’ONG un homme de 45 ans, habitant à Tené. « Nous avons constaté que les dégâts étaient énormes, avec des morts et des blessés », a-t-il ajouté.
Pour documenter ces « abus », HRW indique avoir mené 34 entretiens à distance, dont 30 avec des témoins, et analysé des vidéos, photos et images satellites confirmant des destructions. L’ONG dit avoir « adressé un courrier au ministre de la Justice du Mali le 11 juin mais n’a reçu aucune réponse. » « Il ne peut y avoir de guerre sans coûts humains », a dit le JNIM dans sa réponse à HRW le 15 juin.
Quant au FLA, il affirme dans sa réponse avoir « pris suffisamment de mesures pour que les civils ne soient pas des victimes collatérales des combats. »
