Le Ghana a organisé jeudi une première conférence mondiale à Accra, sa capitale, visant à traduire en engagements concrets une résolution de l’ONU en vue de réparer les injustices historiques liées à l’esclavage.
Depuis l’adoption de cette résolution, les discussions et la campagne en faveur d’une justice réparatrice concernant la traite des esclaves ont pris « un élan sans précédent », a déclaré jeudi depuis Accra le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa.
Bien qu’elle ne soit pas contraignante, cette résolution, adoptée par 123 États membres de l’ONU, demande aux nations impliquées dans la traite négrière de s’engager en faveur de la justice réparatrice.
« Nous avons remporté la bataille contre l’esclavage, nous avons remporté la bataille contre le colonialisme, nous avons remporté la bataille contre l’apartheid, et nous sommes convaincus que nous remporterons la bataille contre l’injustice en matière de réparations », a dit M. Ablakwa lors de la séance d’ouverture de la conférence baptisée « Prochaines étapes ».
Le Ghana était considéré comme la plaque tournante de l’esclavage transatlantique, mais il est désormais « en train de passer du statut de scène de crime à celui de sanctuaire de guérison et de justice réparatrice », a affirmé le ministre.
Depuis l’adoption de la résolution, le président français, Emmanuel Macron, a approuvé l’abrogation symbolique des décrets royaux qui régissaient l’esclavage dans les colonies françaises.
La France était le troisième pays le plus engagé dans la traite, après l’Angleterre et le Portugal.
S’exprimant par visioconférence lors de la conférence d’Accra, Emmanuel Macron a insisté sur le fait que l’histoire ne pouvait pas être « réduite à une simple logique comptable ».
Le mois dernier, le pape Léon XIV a présenté des excuses pour le retard de plusieurs siècles pris par l’Église catholique à condamner l’esclavage, le qualifiant de « blessure dans la mémoire chrétienne ».
Ces dernières années, plus de 1.000 membres de la diaspora ont obtenu la citoyenneté ghanéenne, la plupart des Afro-Américains attirés par un mélange de motivations historiques, culturelles et personnelles.
– « Au-delà du symbolisme » –
Le président ghanéen John Mahama a annoncé la création de trois groupes de travail spéciaux chargés d’étudier les moyens concrets de mettre en œuvre la justice en matière de réparations: l’un dirigé par des chefs d’État, un autre composé d’experts chargés d’étudier la restitution, et le troisième pour travailler sur les aspects juridiques des réparations.
« La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si l’histoire peut être changée — elle ne le peut pas — mais si nous avons le courage de l’affronter honnêtement et la détermination de transformer cette reconnaissance en actions concrètes », a ajouté Mahama.
La liste des intervenants de cet événement de trois jours comprend des dirigeants de la Barbade, de la Sierra Leone et du Sénégal, ainsi que de la Namibie et du Libéria, sans oublier le lauréat du prix Nobel de littérature et militant des droits humains nigérian Wole Soyinka.
Pour ce dernier, « la réparation doit aller au-delà du simple symbolisme. Il ne s’agit pas seulement d’excuses ou d’indemnisation, il s’agit de la réhumanisation de la mémoire et de la restauration des valeurs qui ont été dénaturées par des siècles de déshumanisation ».
Il a également mis en garde contre la recherche de justice pour le passé sans s’attaquer aux défaillances actuelles, « notamment la manière dont nous continuons aujourd’hui à marchandiser des vies humaines sur ce continent », citant l’enlèvement d’écoliers contre rançon, un crime courant dans son pays d’origine.
Mariam Abdoulaye, participante à la conférence originaire du Burkina Faso, a déclaré à l’AFP que l’Afrique attendait des réparations sous la forme de « fonds d’indemnisation structurés versés aux gouvernements ou aux communautés » de la part des anciennes puissances coloniales ou des institutions liées à l’esclavage, ainsi que l’annulation ou la restructuration de la dette et la restitution des objets d’art pillés.
