Le Niger criminalise l’homosexualité avec de lourdes peines de prison

Le Niger a promulgué un nouveau code pénal qui criminalise pour la première fois l’homosexualité, avec de lourdes peines de prison à la clé, à l’instar de plusieurs pays ouest-africains – Burkina, Sénégal, Ghana – qui ont récemment durci leur législation à l’encontre des personnes LGBT+.

Au Niger, l’homosexualité restait jusqu’à présent un tabou dans une société très majoritairement musulmane et conservatrice, mais elle n’était pas explicitement criminalisée.  Le nouveau texte criminalise également de supposées « pratiques (…) intersexes » et « asexuelles ».

Le pays est dirigé par le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir après un coup d’État militaire en juillet 2023. Depuis, il mène une politique souverainiste et hostile à l’Occident, souvent accusé en Afrique de l’ouest d’imposer ses valeurs.

Selon le nouveau code pénal promulgué par le régime militaire, « toute personne qui commet ou tente de commettre un acte impudique ou contre nature ou pratiques Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres, Queers, Intersexes, Asexuelles (LGBTQIA+), entretient ou tente d’entretenir des relations sexuelles avec une personne de même sexe, est punie d’un emprisonnement de cinq ans à moins de 10 ans » et d’une amende pouvant atteindre 100 millions de francs CFA (150.000 euros).

Les personnes asexuelles sont des personnes ne ressentant pas d’attirance sexuelle envers autrui, et les intersexes sont des personnes nées avec des caractéristiques sexuelles n’entrant pas dans la définition classique masculin/féminin. La même peine est prévue également pour toute personne « qui change ou tente de changer artificiellement son sexe de naissance ».

D’autres articles de ce nouveau code pénal nigérien sont encore plus durs, notamment pour « quiconque contracte un mariage avec une personne de même sexe », ce qui est puni de 10 à 20 ans d’emprisonnement. La même sanction est prévue pour « toute personne qui gère, dirige, fait fonctionner, finance ou qui participe à des clubs, des sociétés, des organisations ou associations pour homosexuels ou LGBTQIA+ ».

– « Vaste coup de filet » –

Cette réforme du code pénal avait débuté sous le précédent régime civil du président Mohamed Bazoum, pressé par des organisations musulmanes et des députés. Il a été renversé par un coup d’État militaire le 26 juillet 2023.

La promulgation du nouveau code pénal est effective depuis février, mais elle était passée inaperçue au Niger jusqu’à ce que des réseaux sociaux et des médias annoncent avec insistance ces derniers jours un « vaste coup de filet » dans les milieux homosexuels et pédocriminels. « Le Niger a légiféré en toute responsabilité et souveraineté (…) parce que ce (l’homosexualité) n’est pas conforme à ses valeurs sociales et culturelles », avait déclaré mi-mai Alio Daouda, le ministre nigérien de la Justice, interrogé à la télévision d’État. Il avait dit avoir déjà expliqué la position du Niger sur la question lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève (Suisse), en mai.

En juillet 2025, deux lesbiennes ont été condamnées au Niger à « une peine d’emprisonnement » après appel du parquet de leur relaxe par un juge de Niamey, selon une source proche du dossier. Le parquet avait requis contre elles trois ans de prison ferme « pour outrage public à la pudeur », qui était le terme retenu jusqu’à présent pour poursuivre d’éventuelles relations entre personnes de même sexe.

En 2024, le gouvernement nigérien avait retiré certains enseignements sur l’éducation sexuelle des programmes scolaires, estimant que ces contenus « portent atteinte aux valeurs » du pays. Il avait également ordonné la suppression d’une application de sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive des femmes, conçue par des ONG, avec pour objectif de contribuer à la sensibilisation des jeunes femmes sur les questions de santé familiale.

Le Niger suit une tendance régionale au durcissement des législations contre les personnes LGBT+ : le Burkina Faso punit depuis l’an dernier de cinq ans de prison les relations entre personnes de même sexe, tandis que la peine est de trois ans de prison depuis quelques semaines au Ghana, et qu’elle a doublé fin mai au Sénégal, passant de cinq à 10 ans.

AFP

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