Un journaliste malien a été convoqué par la justice lundi, quelques jours après avoir ouvertement critiqué la junte au pouvoir lors d’un forum des médias à Bamako, a appris l’AFP auprès de l’intéressé et de source judiciaire.
Il est entendu pour « atteinte au crédit de l’Etat à travers l’institution judiciaire », a appris l’AFP auprès du pôle.
Depuis leur arrivée au pouvoir lors d’un putsch en 2020, les militaires ont imposé des restrictions sévères aux libertés en réduisant au silence l’opposition et les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause judiciaires ou encore la dissolution des partis politiques.
« Il n’y a aucune dynamique de paix au Mali. Vous arrêtez les journalistes et au lieu de les juger selon le régime de presse et délit de presse au Mali, c’est la loi sur la cybercriminalité que vous appliquez », a lancé M. Takiou lors d’un panel animé par le procureur du pôle de lutte contre la cybercriminalité, Adama Coulibaly.
« J’ai cinq éléments dans la salle, je peux vous faire arrêter tout de suite si je veux », a rétorqué le procureur, présent dans la salle.
La séquence a largement été relayée sur les réseaux sociaux.
« Le narratif souverain africain n’existe pas, tout comme il n’y a pas de narratif européen ou maghrébin. Le journalisme est le même sous tous les cieux », avait également affirmé la veille M. Takiou sous une ovation de ses confrères, au cours d’un panel intitulé « médias africains et narratif souverain ».
Le Mali occupe la 121e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF établi en 2026. Ce pays sahélien est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.

