Élu avec plus de 94% des voix le mois dernier, le ministre des Finances du Bénin, Romuald Wadagni, a été officiellement investi dimanche président de ce pays d’Afrique de l’Ouest, succédant à son mentor Patrice Talon qui a passé la main après une décennie au pouvoir.
Son élection le 12 avril avait été une formalité: il n’avait qu’un adversaire, Paul Hounkpè, opposant de faible envergure dont le parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a depuis rejoint la majorité présidentielle.
Le principal parti d’opposition, les Démocrates, n’avait pu participer à l’élection, faute d’un nombre suffisant de parrainages, et traverse une crise profonde. Après son investiture, Romuald Wadagni a prononcé un discours où il a d’abord rendu hommage à son prédécesseur avant de rappeler quelques promesses de campagne. « Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a-t-il déclaré.
« Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités anciennes et veulent réussir ici chez eux par leur travail, je veux dire ceci: le Bénin croit en vous et il vous donnera les chances de réussir », a ajouté le nouveau président.
– Décrispation avec le Niger –
Romuald Wadagni devrait poursuivre les chantiers du développement économique du Bénin lancés par son prédécesseur et dans lesquels, en tant que ministre des Finances, il a eu un rôle prépondérant. Il devra également affronter le défi sécuritaire dans le nord du pays, en proie à des violences récurrentes de groupes jihadistes qui recrutent dans la population béninoise. « Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité », a assuré M. Wadagni dimanche, appelant à « travailler ensemble » avec les pays voisins.
Car sur le plan diplomatique, ce francophile assumé devra tenter de réconcilier son pays avec ses voisins sahéliens, le Niger en tête, gouvernés par des juntes souverainistes qui ont tourné le dos à l’Occident et qui accusent régulièrement le Bénin de vouloir les déstabiliser. Dimanche, le Niger a dépêché son Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, largement applaudi à la cérémonie, signe de décrispation, tandis que le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères.
Enfin, les premières décisions de M. Wagadni en matière de libertés publiques seront particulièrement scrutées, alors que Patrice Talon est accusé d’avoir pris un virage autoritaire en la matière, avec l’emprisonnement de plusieurs opposants de premier plan. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a appelé cette semaine Romuald Wadagni à « inscrire la promotion de la liberté de la presse parmi les priorités » de son mandat et à libérer des journalistes emprisonnés.
Le Bénin entre à présent dans une période de plus de six ans sans élection, conformément à une réforme constitutionnelle qui aligne tous les scrutins, nationaux comme locaux, la même année.
AFP
