Casamance : la paix ne poussera jamais dans les champs du cannabis

.Par Amadou SYLLA

Pendant longtemps, la Casamance a été présentée comme « le conflit oublié » du Sénégal.
Aujourd’hui, certains affirment que la rébellion est affaiblie, que le danger recule, et que la page serait presque tournée.
Mais sur le terrain, une autre réalité persiste : celle d’une région épuisée par des décennies de guerre silencieuse, abandonnée aux trafics, à la pauvreté et à l’absence de perspectives.

Le cannabis est devenu le symbole tragique de cet échec collectif.
Quand une terre fertile, connue pour son agriculture, ses rizières et sa richesse humaine, devient dépendante d’une économie clandestine, ce n’est pas seulement un problème sécuritaire. C’est le signe d’un abandon politique et social profond. Car aucun jeune ne choisit naturellement la clandestinité lorsque l’école, l’emploi, la formation et l’espoir existent réellement.

La vérité doit être dite : on ne construira pas la paix uniquement avec des opérations militaires. On ne guérira pas quarante années de blessures avec des communiqués officiels. La paix durable exige la justice, le développement et la dignité.
En Casamance, des villages vivent encore avec les traumatismes des déplacements, des mines antipersonnel et des familles séparées. Des terres restent inexploitées par peur. Des jeunes grandissent entre chômage et économie parallèle. Pendant ce temps, les trafics prospèrent dans les zones oubliées des politiques publiques.
Le danger aujourd’hui est clair : que le conflit politique se transforme progressivement en économie criminelle durable. Lorsqu’une guerre perd son idéologie mais conserve ses réseaux armés et ses trafics, elle devient plus difficile encore à éteindre. Car l’argent du cannabis ne nourrit pas seulement quelques groupes : il entretient aussi la peur, le silence et l’instabilité.

Face à cela, le Sénégal doit choisir : administrer le problème ou résoudre réellement la question casamançaise.

Résoudre la question casamançaise, c’est :
– investir massivement dans l’éducation et la formation des jeunes ;
– soutenir l’agriculture locale plutôt que laisser prospérer les cultures illicites ;
– accélérer le déminage ;
réparer les injustices subies par les populations civiles ;
– ouvrir un dialogue sincère avec toutes les composantes de la région ;
– faire de la Casamance une priorité nationale et non un simple dossier sécuritaire.

La Casamance n’est pas une périphérie du Sénégal. Elle est une partie vivante de son âme.
Et aucune nation ne peut prétendre avancer durablement en laissant une partie de son peuple vivre entre la peur, l’abandon
et l’économie de survie.

La paix ne se décrète pas. Elle se construit. Par la justice. Par le respect. Par l’avenir offert à la jeunesse.
Sinon, les armes se taisent peut-être un moment… mais les blessures, elles, continuent de parler.

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