Tunisie: à leur procès, deux journalistes connus nient toute malversation financière

Deux chroniqueurs connus dont le franco-tunisien Mourad Zeghidi ont nié mardi à Tunis toute accusation de malversation financière, lors de leur procès en appel, dénoncé par l’ONG Reporters sans frontières comme « du harcèlement judiciaire », selon une journaliste de l’AFP sur place.

En janvier, M. Zeghidi et son confrère Borhen Bsaies avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour « blanchiment d’argent » et « évasion fiscale ». En début d’audience, le juge a posé des questions aux accusés sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés. « Zéro, +niente+, je n’ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures », a répondu Mourad Zeghidi, ancien commentateur sportif sur Canal+.

Pendant 30 minutes, le magistrat l’a questionné sur les rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la société qu’il dirige et des virements reçus en Tunisie et depuis l’étranger. Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier de professeur, et avec quels moyens sa femme enseignante avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, leur avocat Sami Ben Ghazi s’est demandé pourquoi « des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (du) blanchiment d’argent ». Aux yeux du dossier d’accusation, ils « devraient être riches » parce que ce sont « des supers stars » alors que « malheureusement, on doit évoquer leur manque de ressources pour les défendre et dire qu’ils ne possèdent rien », a affirmé Me Ben Ghazi.

Le défenseur et d’autres avocats ont demandé le non-lieu et la libération des accusés. Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Union européenne assistaient à l’audience. Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu’ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées. La veille de l’audience, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu' »après 23 mois d’enquête, aucun élément sérieux n’a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible ». « Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l’essentiel: c’est leur travail journalistique qui est à l’origine de ces poursuites », selon lui.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour « atteinte à autrui », après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes. L’Ong Al Khatt, maison-mère du média indépendant Inkyfada, risque pour sa part de disparaître, après que le gouvernement a demandé sa dissolution à la justice.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs Ong internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l’été 2021, par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs. Dans un communiqué lundi, l’organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de « tentatives d’utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG ».

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