Le riz local peine à se vendre dans le sud du Sénégal, malgré le coup de pouce du gouvernement

 Les mesures prises par le gouvernement entre fin février et début avril derniers pour encourager la consommation du riz local tardent à produire les résultats attendus.

La denrée est introuvable dans certains endroits, sa consommation achoppe sur les vieilles habitudes alimentaires et certains ménages estiment que son prix est élevé, rapportent les correspondants de l’APS à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor (sud). Ces trois régions font partie des principales zones de production de riz au Sénégal.

Les circuits de commercialisation du riz cultivé au Sénégal sont inexistants dans certaines parties de ces trois régions, d’après des consommateurs et des commerçants locaux.

Le riz local est considéré comme un produit de luxe que certains ménages trouvent hors de portée de leur bourse. D’autres, en revanche, s’honorent de consommer du riz sénégalais par patriotisme économique.

Le 1er avril dernier, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a déclaré avoir pris ‘’des mesures ambitieuses et hautement stratégiques’’ en faveur du développement de la filière de production de riz local, dont une subvention de 50 francs CFA sur le kilo de cette denrée. Il annonce aussi, dans un communiqué, un arrêt des importations de riz non parfumé, à l’exception du riz 100 % brisé.

‘’Ces mesures s’inscrivent dans la volonté de l’État de renforcer durablement la souveraineté alimentaire du Sénégal et de consolider les bases d’une croissance économique endogène’’, argue M. Diop.

Ces décisions doivent servir à ‘’soutenir les acteurs de la filière, à accroître la compétitivité de la production nationale et à faciliter l’écoulement des stocks’’, explique le ministre de l’Industrie et du Commerce.

Quelques semaines auparavant, le Premier ministre, Ousmane Sonko, publiait une lettre circulaire recommandant aux ministres concernés et aux autorités administratives d’accorder la priorité au riz local dans les achats institutionnels – les besoins en riz des écoles, des hôpitaux, des camps militaires et des autres structures publiques.

M. Sonko soutient avoir pris cette décision dans un contexte de production record de riz au Sénégal. Il n’est toutefois pas fait mention, dans sa lettre circulaire, de la quantité produite au cours de la dernière saison. L’APS a tenté, sans succès, d’obtenir les données de l’avant-dernière et de la dernière saison de production de riz auprès des directions régionales du développement rural (DRDR) de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor.

Selon la DRDR de Kolda, 255 582 tonnes de riz ont été produites dans cette région au cours de la dernière campagne agricole. Elle ne donne aucune indication relative à la précédente saison, qui permettrait de connaître l’évolution de la production.

La région de Sédhiou, comme celles de Kolda et de Ziguinchor, a de fortes potentialités de production de riz. Elle dispose d’un climat soudano-sahélien propice à la riziculture. Le riz est cultivé dans de nombreux bas-fonds et vallées.

À Sédhiou, la production augmente depuis quelques années, selon la DRDR et le service régional du commerce. Mais la consommation de riz local reste largement inférieure à celle du riz brisé importé. Cette variété est l’une des principales denrées de base des ménages sénégalais.

Baba Sonko, un membre d’une association de producteurs de riz de Goudomp, dans la région de Sédhiou, constate que les ménages locaux consomment davantage de riz importé que de riz local en raison de facteurs socioculturels et économiques. ‘’La consommation de riz local reste encore inférieure à celle du riz brisé importé […] Les habitudes alimentaires font depuis longtemps partie des causes de ce déséquilibre. Le riz importé est plus accessible que le riz local pour beaucoup de consommateurs. Il est vendu partout et est plus facile à cuisiner que le riz sénégalais’’, explique M. Sonko.

Il observe que le riz produit dans la région de Sédhiou est rarement vendu. Il est surtout utilisé pour la consommation des ménages qui en produisent, d’après lui.

Dans les marchés hebdomadaires comme dans les boutiques, les stocks de riz local sont insuffisants pour satisfaire la demande, selon Baba Sonko. ‘’Par contre, le riz importé bénéficie d’une logistique et d’un circuit d’approvisionnement bien structurés’’, remarque-t-il.

Le riz local peine à se vendre dans le sud du Sénégal, malgré le coup de pouce du gouvernement.

APS

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