Les premiers Nigérians rapatriés d’Afrique du Sud à la suite de violences xénophobes: « c’est chez moi! »

Après des jours d’angoisse, une nuit blanche d’attente à l’aéroport de Johannesburg puis un vol de six heures, les premiers rapatriés sont descendus de l’avion jeudi, l’air épuisé, sur le tarmac de l’aéroport de Lagos, la capitale économique nigériane, leur mère-patrie.

« C’est chez moi! », s’exclame l’un des 262 passagers qui composent le premier groupe de nigérians rapatriés d’Afrique du Sud aux frais du gouvernement nigérian après une montée des violences xénophobes dans la nation arc-en-ciel.

L’Afrique du Sud a connu des épisodes récurrents de violences anti-immigrants, mais les manifestations se sont intensifiées cette année et des milices autoproclamées ont ordonné aux étrangers sans papiers de quitter le pays d’ici au 30 juin.

Des ressortissants étrangers ont témoigné avoir été intimidés et battus par des foules allant de porte en porte pour leur ordonner de partir avant cette date. L’Afrique du Sud est la première économie d’Afrique et accueille plus de trois millions d’étrangers, soit un peu plus de 5% de sa population. Mais le chômage dépasse les 30%, alimentant la colère envers les travailleurs immigrés.

– « Un pays cruel! » –

Malgré le soleil écrasant nigérian, beaucoup étaient vêtus de pulls et d’épais manteaux, réminiscence de l’hiver austral et des basses températures actuelles en Afrique du Sud. « L’Afrique du Sud est un pays cruel! », crie Emilia Godwin, 45 ans, à son arrivée sur le sol nigérian.

Elle résidait illégalement à Johannesbourg depuis onze ans où elle gagnait sa vie en cuisinant des plats nigérians. « Parfois, quand j’apportais la nourriture dehors dans la rue, la police chassait tout le monde, et renversait la nourriture partout », raconte la femme qui a laissé derrière elle « tout ce qu’elle possédait » à part une valise de 23 kilos.

Selon les autorités sud-africains, tous ces passagers se trouvaient illégalement dans le pays et seront interdits de séjour pendant au moins cinq ans. C’est le cas de Millie, 28 ans, mère de trois enfants, arrivée à Johannesburg alors qu’elle n’avait que six ans. « Même à l’école, les enseignants font clairement preuve de partialité envers les enfants qui ne sont pas originaires d’Afrique du Sud », déplore-t-elle. « Maintenant, j’ai l’impression d’être libre, mais en même temps, je ne sais pas à quoi m’attendre », s’inquiète la jeune femme qui n’est pas rentrée au Nigeria depuis qu’elle était enfant.

– 1 million de nairas –

Le gouvernement nigérian a annoncé faire un don d’un million de nairas (environ 630 euros) à chaque Nigérian rapatrié. Ils seront dans un premier temps amenés dans un foyer avant d’être redirigés petit à petit vers leurs destinations respectives. Plusieurs agences gouvernementales travailleront ensuite à leur « réintégration », a assuré Abike Dabiri-Erewa, présidente de la Commission des Nigérians de la diaspora. Selon les autorités nigérianes, environ 1.000 ressortissants du pays le plus peuplé d’Afrique ont exprimé leur désir de quitter l’Afrique du Sud.

Le Ghana, le Mozambique et le Malawi ont déjà rapatrié des centaines de leurs ressortissants ces dernières semaines. Face à la montée des violences dans son pays, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a dit reconnaître les inquiétudes concernant l’immigration illégale, mais a averti que les autorités ne toléreront pas que quiconque fasse justice soi-même.

Bianca Odumegwu-Ojukwu, la ministre nigériane des Affaires étrangères, a déclaré à la presse nigériane lundi « ne pas écarter des sanctions » envers Pretoria. « Si la situation s’aggrave, la réciprocité sera inévitablement appliquée », a prévenu Kimiebi Ebienfa, porte-parole du ministère nigérian des affaires étrangères présent à l’arrivé des ressortissants nigérians.

Lors des pires violences xénophobes des deux dernières décennies en Afrique du Sud, 62 personnes avaient été tuées en 2008. Des violences de ce genre avaient également éclaté en 2015, 2016 et 2019. En 2019, une vague de violence contre les Nigérians en Afrique du Sud a vu des groupes de Sud-africains pillant et détruisant les propriétés et magasins appartenant à des étrangers, poussant le gouvernement nigérian à rapatrier environ 600 de ses citoyens. En représailles, des entreprises liées à l’Afrique du Sud avaient été incendiées et pillées au Nigeria.

AFP

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