Des centaines de Libyens se sont manifestés jeudi à Tripoli devant le siège du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) contre la présence de migrants en situation irrégulière dans leurs quartiers, appelant à leur expulsion du pays.
Après une campagne sur les réseaux sociaux, des centaines de Libyens, des cartons rouges à la main symbolisant une demande « d’expulsion », s’étaient donnés rendez-vous devant le siège du HCR.
« Non à l’installation des étrangers », « La Libye appartient aux Libyens », ont-ils scandé, appelant aussi à la fermeture des bureaux du HCR qu’ils considèrent responsable de leur présence sur le territoire, faisant au passage l’amalgame entre les migrants et les réfugiés dont une majorité de Soudanais dont le pays est en proie à une guerre civile.
Une manifestante non identifiée a crié dans un mégaphone : « non non à l’installation des migrants et des réfugiés ».
Les autorités libyennes avaient indiqué en décembre avoir prévu un traitement différencié pour les Soudanais. Le ministre de l’Intérieur, Imad Trabelsi, avait assuré qu’ils bénéficieraient d’un « accès aux soins et aux écoles ».
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver sa stabilité. Elle est gérée par deux gouvernements rivaux : celui reconnu par l’ONU basé à Tripoli (ouest) et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et un exécutif à Benghazi (est) contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils.
Dans ce contexte, passeurs et trafiquants ont profité du climat d’instabilité qui y règne pour développer des réseaux clandestins pour des migrants d’Afrique subsaharienne et de pays asiatiques souhaitant émigrer en Europe par la mer.
A la mi-2024, le Portail sur les données migratoires gérées par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations, ONU) recensait environ 900.000 migrants et réfugiés en Libye.
La question migratoire provoque souvent des remous dans le pays, alimentés par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux.
« L’amour de la patrie n’est pas du racisme ! » ou encore « la Libye n’est pas la poubelle du monde », lisait-on sur des pancartes.
Certaines dénonçaient la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni accusée de vouloir obliger la Libye à garder les candidats à l’émigration illégale sur son territoire. « Non à la signature de conventions pour l’installation (de migrants) avec l’Italie », était-il écrit en arabe à côté d’un portrait de Mme Meloni barré d’une croix rouge.
Lundi, le bureau de l’ONU en Libye a dit « avec inquiétude la nouvelle propagation de la désinformation et de discours incendiaires sur les réseaux sociaux, y compris des contenus ciblant des individus ou des groupes spécifiques », dans un communiqué sur Facebook.
« De tels récits risquent d’alimenter les tensions, la méfiance, la discrimination et la violence, portant ainsi atteinte à la dignité, à la sécurité et au bien-être de la population libyenne », a-t-il ajouté.
AFP