La start-up canadienne d’intelligence artificielle Cohere va tirer son homologue allemande Aleph Alpha, une opération visant à créer un « champion mondial de l’IA » s’émancipant de la Chine et des Etats-Unis sur ce marché en plein boom où les autres pays cherchent à affirmer leur souveraineté.
Le montant du rachat n’a pas été communiqué mais le Financial Times, citant des sources proches des entreprises, estime la valorisation de la nouvelle coentreprise à 20 milliards de dollars (17 milliards d’euros).
Avec cette opération émergeant une entreprise binationale, dont l’Allemagne devient le deuxième siège mondial, vous à constituer une alternative aux poids lourds américains et chinois.
Le marché de l’IA enregistre une croissance effrénée depuis 2022. Il est notamment dominé par des géants américains comme OpenAI, qui a développé l’agent conversationnel ChatGPT, ou le chinois DeepSeek.
Lors d’une conférence de presse à Berlin vendredi, le ministre allemand du Numérique Karsten Wildberger s’est réjoui de la création d’un futur « champion mondial de l’IA », répondant « aux exigences de souveraineté des données et aux normes de sécurité les plus strictes ».
Dans l’approche de l’IA dite souveraine, les Etats gardent un certain contrôle stratégique sur son usage.
Selon M. Wildberger, l’accord contient des garanties juridiques, incluant des « droits de protection forts pour l’Allemagne » concernant la propriété intellectuelle notamment, ainsi qu’un « accès à la technologie » pour le gouvernement allemand.
En investissant dans la recherche, Cohere « est devenue l’une des très rares entreprises de pointe de l’IA non américaines et non chinoises à l’échelle mondiale », a souligné Evan Solomon, ministre canadien de l’Intelligence artificielle, qui a fait le voyage à Berlin pour l’occasion.
-Souveraineté et sécurité-
Il a cité le Premier ministre de son pays, Mark Carney, qui lors d’un discours prononcé au forum de Davos fin janvier, avait souligné la nécessité d’une troisième option au-delà des géants technologiques et des puissances hégémoniques.
Le gouvernement canadien soutient d’ores et déjà Cohere, ayant acheté 1.400 licences pour l’un de ses ministères, et va continuer à le faire, a assuré M. Solomon.
Son homologue allemand a également affirmé vouloir « utiliser l’IA à grande échelle dans ses administrations pour devenir bien plus rapide et automatiser les processus ».
Dans l’IA, « le paysage mondial se consolide rapidement et nous devons veiller à ce que le pouvoir ne se concentre pas entre les mains de quelques acteurs dominants », a estimé M. Solomon.
Également présent à Berlin, le cofondateur et directeur général de Cohere, Aidan Gomez, a souligné que « les organisations ne devraient jamais avoir à abandonner le contrôle de leur propre infrastructure d’IA ».
Il a précisé que l’alliance se concentrerait sur « les secteurs les plus sensibles et hautement régulés comme le secteur public, la finance, la défense, l’énergie, l’industrie, les télécommunications ou la santé ».
Comme Aleph Alpha, Cohere développe des modèles de langage capables de comprendre et générer du texte.
Le moteur financier derrière l’opération est le groupe Schwarz, propriétaire des chaînes de supermarchés Lidl et Kaufland, qui investit 500 millions d’euros et fournit l’infrastructure cloud du projet.
Schwarz investit par ailleurs 11 milliards d’euros à Lübbenau, dans l’est de l’Allemagne, près de Berlin, pour construire un gigantesque centre de données.
AFP