La mère d’un opposant politique en exil et deux autres femmes de sa famille ont été « kidnappées » mardi soir en Guinée par des « hommes vêtus de treillis », a-t-on appris auprès de l’AFP auprès des proches de sa famille.
Hadja Asmaou Diallo, âgée de 84 ans et mère de l’ancien ministre Tibou Kamara, a été emmenée « de force » et « embarquée avec deux de ses proches » mardi soir à Dinguiraye, dans le nord-est de la Guinée, selon un proche de la famille.
Tibou Kamara, ancien conseiller personnel du président Alpha Condé destitué en 2021 et désormais critique du pouvoir, vit en exil en raison de la répression des oppositions en Guinée.
« Au moment de la grande prière du soir, trois véhicules pick-up ont stationné devant notre concession et des hommes vêtus de treillis ont pénétré dans l’enceinte et demandés à la vieille de 84 ans de les suivre », poursuit cette source s’exprimant sous le couvert de l’anonymat en raison du contexte sécuritaire.
« Les intrus l’ont prise de force, traînée dehors et l’ont embarquée de force avec deux de ses proches », raconte ce proche de la famille.
Un membre de la famille jointe par l’AFP estime que « ce sont les déclarations critiques de Tibou Kamara contre le pouvoir du général Doumbouya qui explique ces arrestations ».
Contactées par l’AFP, les autorités guinéennes n’ont pas donné suite.
Ce n’est pas la première fois que des proches d’opposants en exil sont enlevés : en novembre dernier, les enfants du chanteur guinéen et critique du pouvoir Elie Kamano, âgés de 14 et 16 ans, avaient été enlevés par des « personnes encagoulées » et n’ont pas été retrouvés depuis.
Leur disparition avait poussé l’ONU à réclamer une enquête sur ce nouveau cas de « disparition forcée apparente », une situation qualifiée de « profondément alarmante ».
En octobre dernier, c’est le père de Mamoudou Babila Keïta, un journaliste en exil critique du pouvoir, qui avait été enlevé « par des inconnus ». Son sort demeure inconnue à ce jour.
Depuis la prise de pouvoir du général Mamadi Doumbouya, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations – interdites depuis 2022 – sont réprimées et de nombreux dirigeants de l’opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil.
Les nouvelles de disparitions forcées et d’enlèvements se sont également multipliées.
« A ce jour, nous avons documenté 20 personnes victimes de disparition forcée sous le régime militaire guinéen », a déclaré mercredi à l’AFP Alseny Farinta Camara du mouvement « Tournons la Page », une organisation de la société civile.
