Les autorités gabonaises ont fait couper mercredi plusieurs réseaux sociaux, dont Facebook et TikTok, accusés de porter atteinte à la « stabilité » et la « sécurité » du pays, une mesure décrite par la présidence gabonaise comme « temporaire » en vue de « légiférer » et « encadrer » leur usage.
« Les données montrent que plusieurs plateformes en ligne sont désormais restreintes au Gabon », a confirmé l’organisation de surveillance du réseau internet NetBlocks sur X.
Cette coupure intervient alors que Brice Oligui Nguema, arrivé à la tête de ce pays d’Afrique centrale de 2,5 millions d’habitants par un coup d’Etat en 2023 et élu président l’an dernier, est confronté depuis plus d’un mois à une grève des enseignants qui se poursuit par endroits, première vague de contestation sociale de son mandat.
« Il s’agit d’une suspension et non pas d’une interdiction définitive, histoire de nous laisser le temps d’envisager, pourquoi pas, de légiférer et d’encadrer davantage la question, pour préserver (…) notre vivre-ensemble et l’intérêt que les Gabonais ont d’accéder à une information qui est vérifiée, correcte », a affirmé le porte-parole de la présidence gabonaise Théophane Zamé-Nze Biyoghe lors d’un entretien avec l’AFP à Paris.
« Nous avons le devoir de réguler l’impact de ces outils sur notre vivre-ensemble », a-t-il ajouté, estimant que « la qualité du débat public » dépend d’informations « vérifiées » et niant tout lien entre la mesure et les mouvements sociaux.
Mardi soir, la Haute autorité de la communication (HAC) avait annoncé la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des réseaux sociaux au Gabon, invoquant notamment la diffusion « récurrente » de « contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux, portant atteinte à la dignité humaine, aux bonnes moeurs, à l’honneur des citoyens, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale ».
– « Dérive liberticide » –
La HAC n’avait pas donné d’exemple précis. Elle s’est aussi inquiétée de « la propagation de fausses informations », du « cyberharcèlement » ou de « la divulgation non autorisée de données personnelles », accusant les plateformes d' »indifférence » et dénonçant « l’absence d’une véritable volonté de modération des contenus illicites ».
Au Gabon, cela est susceptible « d’engendrer des conflits sociaux, de déstabiliser les institutions de la République et de mettre gravement en péril l’unité nationale », a affirmé le porte-parole de la HAC Jean-Claude Mendome.
Interrogé par l’AFP, l’ancien Premier ministre et désormais opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze a dénoncé « une décision complètement incompréhensible » qui « viole la Constitution, les droits des citoyens, la liberté d’expression et qui ne repose sur rien ».
« C’est disproportionné, c’est un abus », a-t-il ajouté.
Après l’annonce de la HAC, M. Bilie-By-Nze avait appelé dans un communiqué « les Gabonais attachés à la liberté à se mobiliser pour faire barrage à cette dérive liberticide ».
L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé « une inquiétante décision » qui « restreint, de manière abusive et non-proportionnée, l’accès à l’information et entrave le travail des journalistes qui utilisent les réseaux sociaux pour informer et diffuser leurs contenus de manière indépendante ».
– « Front social » –
« L’économie aussi prend un coup, parce qu’il y a des gens qui travaillent avec ça », observe Lessa Juste, informaticien interrogé par l’AFP, pour qui les réseaux sociaux sont « un outil primordial ».
« Je ne peux même plus travailler », déplore le créateur de contenu gabonais Mister Wils qui compte près de 100.000 abonnés sur TikTok.
Le porte-parole de la présidence gabonaise a nié que la coupure soit liées aux revendications sociales actuelles.
« La grogne est beaucoup moins forte aujourd’hui dans le secteur éducatif et sur le front social de manière générale, et donc ce n’est pas du tout cela qui motive la décision de suspendre temporairement les réseaux sociaux », a-t-il assuré.
Outre l’éducation, des mouvements de contestation avaient émergé en janvier dans d’autres secteurs publics, tels que la santé, l’enseignement supérieur ou l’audiovisuel, avec des revendications similaires, portant sur la rémunération et les conditions de travail dégradées. Le gouvernement avait alors mené des négociations dans les différents secteurs.
Répétant que les revendications sont « légitimes », M. Zamé-Nze Biyoghe a assuré que 12.000 régularisations de situations administratives étaient prévues cette année dans tous les secteurs, dont 4.000 dans l’éducation qui, selon lui, emploie à elle seule 27.000 agents: « c’est ce que nous permet de faire le cadrage budgétaire retenu pour 2026 (…) on ne peut pas aller au-delà ».
Elu président avec 94,75% des voix en avril 2025, Brice Oligui Nguema, qui promettait de « redresser le pays » et de « mieux vivre » au Gabon, jouissait alors d’une forte popularité.
AFP
