Un tribunal iranien a condamné à six ans de prison Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, dont l’état de santé s’est détérioré du fait d’une grève de la faim de près d’une semaine, ont indiqué ses soutiens dimanche.
« Elle a été condamnée à six ans de prison pour rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes », a déclaré à l’AFP son avocat, Mostafa Nili, ajoutant qu’elle avait également écopé d’une interdiction de quitter le pays pendant deux ans.
La militante a été condamnée dans une autre affaire à un an et demi de prison pour « activités de propagande » et à deux ans d’exil dans la ville de Khosf, dans la province orientale du Khorassan du Sud, a précisé l’avocat. Selon la loi iranienne, les peines de prison sont non cumulables.
D’après sa fondation, elle n’a pas voulu s’expliquer devant les juges et ne s’est pas exprimée à sa condamnation samedi. « Elle considère cette procédure tout au plus comme une farce », a écrit dans un communiqué son mari, Taghi Rahmani, installé à Paris.
Elle a annoncé sa condamnation lors d’un appel téléphonique à son avocat, le deuxième avec le monde extérieur depuis son arrestation en décembre. La militante avait débuté le 2 février une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention et l’interdiction de téléphoner à ses avocats et sa famille.
– « Hospitalisée » –
Elle « a mis fin à sa grève de la faim aujourd’hui (dimanche) à son sixième jour, alors que des informations indiquent que son état physique est profondément inquiétant », a indiqué la fondation. Mme Mohammadi a indiqué à son avocat qu’elle avait été hospitalisée il y a trois jours « du fait de sa santé qui se détériorait », avant d’être renvoyée en centre de détention, selon cette source.
Ces 25 dernières années, Mme Mohammadi a été à plusieurs reprises jugée et emprisonnée pour son engagement contre la peine de mort et le code vestimentaire strict pour les femmes en Iran. Elle a passé une grande partie de la dernière décennie derrière les barreaux et n’a pas vu ses deux enfants, qui vivent à Paris, depuis 2015.
En décembre 2024, elle avait été libérée pendant trois semaines pour raisons médicales, liées à « son état physique après l’ablation d’une tumeur et une greffe osseuse », selon son avocat. Même derrière les barreaux, la lauréate du prix Nobel de la paix n’est pas restée silencieuse, organisant des manifestations dans la cour de prison et menant des grèves de la faim, et s’est illustrée en défendant les droits des prisonniers politiques.
Née en 1972 à Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran, Narges Mohammadi a fait des études en physique avant de devenir ingénieure. Elle s’est lancée parallèlement dans le journalisme au sein de journaux réformateurs. Dans les années 2000, elle a rejoint le Centre des défenseurs des droits de l’Homme, fondé par l’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003.
Narges Mohammadi avait obtenu le Nobel en 2023 pour « son combat contre l’oppression des femmes en Iran et pour la promotion des droits humains et la liberté pour tous ». L’Iran est deuxième au classement mondial du nombre d’exécutions après la Chine, selon des groupes de défense des droits humains, dont Amnesty International.
AFP